La gamelle « ARDIAN » de Bruno Le Maire

Bruno Le Maire vient, une fois de plus, de se prendre une méchante gamelle dans le dossier Suez-Veolia.

En arbitre des élégances industrielles, le ministre de l’Économie plaidait pour une issue « patriotique » dans le conflit entre les deux frères ennemis de la flotte. Plouf !

L’absorption de Suez par Veolia ne pouvait en effet être totale : le second se serait alors trouvé en situation de quasi-monopole dans la gestion de l’eau en France, ce qui est interdit ; le groupe d’Antoine Frérot devait, par conséquent, renoncer à une part de sa proie.

Afin d’éviter que ce morceau atterrisse à l’étranger, Le Maire avait donc béni l’arrivée d’Ardian, le plus gros investisseur privé français. Le 20 mars, ce fonds costaud, gérant 110 milliards de dollars d’actifs pour le compte d’organismes publics, de boîtes privées ou de fonds de pension, avait accepté de mettre un ticket dans le mini-Suez.

Est-ce que l’eau paiera ?

Las ! Dominique Senequier, la discrète patronne d’Ardian, a finalement décidé d’abandonner Suez et son camarade ministre en rase campagne !

La raison ? Les conditions qu’elle posait avaient été rejetées. Pour ce dédit, le groupe de Bertrand Camus devra lui signer un chèque de 50 millions d’euros. A ce tarif, ça valait le coup de jouer les vrais-faux chevaliers blancs…

« C’est d’abord Suez qui a appelé Ardian à la rescousse au mois de septembre, pas nous ! se défend un conseiller de Le Maire. Tout ce que nous souhaitions, c’est que la majorité du capital du nouveau Suez reste entre des mains françaises. » Ce ne sera pas le cas.

Car GIP, le mégafonds d’investissement américain, s’apprête à prendre 40 % de Suez (« Les Echos », 29/4), aux côtés de Meridiam, un petit fonds français, et de la Caisse des dépôts, bras financier de l’Etat.

Le milliardaire nigérian Adebayo Ogunlesi, ex-conseiller de Trump et fondateur de GIP, « rêvait de mettre un pied en France, souligne un financier. Il n’avait pas réussi à rentrer dans nos aéroports et dans le fret SNCF. Il débarque maintenant dans la flotte avec des capacités d’investissement sans commune mesure avec le nain Meridiam ! ».

Bruno Le Maire avait déjà brandi l’argument de la souveraineté des entreprises tricolores lorsqu’il avait fermé la porte de Carrefour au canadien Couche-Tard. À croire que les supermarchés sont des actifs plus sensibles que l’eau potable des Français…


Article signé des initiales O. B.-K. – Le Canard Enchaîné. 05/05/2021