Une fumisterie comme thèse

L’étude avait fait un tabac.

L’été dernier, entre deux confinements, les médias du monde entier reprenaient en choeur les résultats d’un surprenant article scientifique publié par « The European Respiratory Journal ».

On y apprenait que la nicotine protégeait les fumeurs du Covid : 23 % de risques en moins d’attraper le virus. De quoi redorer l’image de la nicotine, pour la plus grande joie des cigarettiers. Sauf que, le 4 mars dernier, la revue médicale a discrètement déréférencé sa publication, comme l’a révélé le Huffington Post (22/4).

Motif : les deux principaux auteurs de l’étude, signée par cinq chercheurs, avaient oublié de déclarer leurs conflits d’intérêts avec les cigarettiers !

  • L’un d’eux est carrément consultant de l’industrie du tabac ;
  • l’autre, un cardiologue grec, est le principal animateur scientifique de l’ONG NoSmoke, elle-même financée par la Fondation pour un monde sans fumée.

Un faux nez créé en 2017 par Philip Monis qui empoche 80 millions de dollars par an du numéro un mondial du tabac.

Un mois après sa publication, ladite étude était descendue en flammes par le très réputé « British Medical Journal », qui pointait de fâcheux biais méthodologiques.

Après avoir mouliné les données de 2,4 millions de Britanniques, une équipe du prestigieux King’s College de Londres a définitivement réduit en cendres le rôle protecteur de la nicotine.

Le tabagisme aurait même un effet inverse, en augmentant la sévérité de la maladie. Et ça, c’est un fait scientifiquement prouvé.


Article signé des initiales C. L. – Le Canard Enchainé 05/05/2021