Expérimentation médicalisée de Cannabis

Soyons juste conscients que le cannabis médical est déjà commercialisé dans de nombreux pays du monde et que des patients se le procurent en toute illégalité au risque d’acheter des produits dangereux ou inefficaces. Légaliser le cannabis médical en France doit contribuer à sécuriser sa consommation, à valider sa fabrication, à préciser la meilleure posologie pour une efficacité optimale.

C’est quoi le cannabis ?

Le cannabis, encore appelé chanvre, est un terme générique qui regroupe plusieurs plantes. Citons les deux plus connues, Cannabis sativa et Cannabis indica.

Le cannabis est issu d’un mélange extrait de feuilles séchées et du coeur de fleurs du chanvre.

Cette plante comporte plusieurs centaines de molécules actives, appelées cannabinoïdes, qui activent des récepteurs spécifiques dans tout notre corps. Dans ce système endocannabinoïde, deux types de récepteurs ont été identifiés, CB 1 et CB2. Les deux principaux cannabinoïdes sont le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Le THC a les principaux effets psycho-actifs euphorisants et rend dépendant. Le CBD n’a pas d’effet psycho-actif et n’est pas responsable d’addiction.

Il existe deux formes d’utilisation du cannabis : l’usage récréatif (recherche de l’effet euphorisant) et l’usage médical.

Pour l’usage récréatif, le cannabis se présente sous forme d’herbe fabriquée avec la feuille, tige ou fleur séchée (marijuana) et fumée sous forme de joints, pétards, ou de résine fabriquée avec l’extrémité fleurie de la plante (Haschisch, chichon…) et fumée aussi, mélangée au tabac, sous forme de joints. Sous ces formes, c’est un stupéfiant et la première drogue illégale en France. Il est consommé à des fins euphorisantes et désinhibantes.

L’effet médical repose sur les propriétés antalgiques, antispasmodiques et anti-inflammatoires du cannabis. Il a une action anxiolytique et une action sur l’immunité. Environ 900 articles sur le moteur de recherche Medline rapportent des études cliniques solides sur le thème cannabis et douleur. Le cannabis médical serait particulièrement efficace sur les symptômes spasmodiques et douloureux des patients ayant une sclérose en plaques, les douleurs neuropathiques, les vomissements des patients atteints de cancer sous chimiothérapie, la douleur des patients atteints de cancer, la fatigue. L’indication des produits à effet médical est variable en fonction du pourcentage de THC et de CBD.

Face à ces effets positifs, quels sont les risques du cannabis médical ?

Le cannabis n’induit qu’une faible dépendance physique (moins que le tabac et l’alcool), une très faible toxicité générale (moins que l’alcool et le tabac), une faible dangerosité sociale (moins que l’alcool). Si les produits commercialisés sont conformes au cahier des charges en termes de quantité de substances et de composition, si les indications et le nombre de prises sont respectés, il n’y a pas plus de risques qu’avec la plupart des médica­ments prescrits !

Quelle est la réglementation française actuelle ?

L’usage et la production du cannabis sont illégaux en France.

Site de l’ANSM : « Conformément aux dispositions de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, et l’arrêté du 22 février 1990 modifié fixant la liste des substances classées comme stupéfiants, le cannabis est classé en France comme stupéfiant. La réglementation française prévoit que toutes les opérations concernant le cannabis sont interdites, notamment sa production, sa détention, son importation, son exportation et son emploi. »

Cependant, actuellement en France, des produits contenant moins de 0,2 % de THC sont tolérés et commercialisés essentiellement sous forme d’huile. Ce ne sont pas des médicaments et ils sont préconisés pour le bien-être.

En raison d’études prouvant son efficacité thérapeutique et de sa commercialisation dans de nombreux pays du monde, l’ANSM a donné un avis favorable à son expérimentation à but médical en juillet 2019. L’Assemblée nationale a donné son autorisation en octobre 2019, ce qui a été entériné par un décret en octobre 2020. Fin mars 2021, l’expérimentation commencera pour 3 000 patients sur une durée de 24 mois.

En quoi consiste l’expérimentation ?

Il s’agit d’expérimenter le dispositif d’accès au cannabis médical et non son efficacité puisqu’elle est déjà prouvée, même si les données d’efficacité seront recueillies pendant cette expérimentation. 3 000 patients vont être sélectionnés, présentant une des 5 indications thérapeutiques retenues par le comité scientifique.

  • douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles (médicamenteuses ou non)
  • certaines formes d’épilepsie sévères et pharmaco-résistantes
  • certains symptômes rebelles en oncologie liés au cancer ou à ses traitements (par exemple des douleurs, des vomissements…)
  • situations palliatives (par exemple en cas de fatigue, de douleurs)
  • spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou des autres pathologies du système nerveux central.

Les 3 000 patients seront suivis dans 200 centres de référence sélectionnés par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour une durée de 24 mois. Le suivi sera effectué par des médecins ou pharmaciens formés spécifiquement.

Le cannabis sera délivré sous forme d’huile par voie orale ou de fleurs séchées pour inhalation après vaporisation. Il a été décidé de ne pas le commercialiser sous forme de cigarettes afin de ne pas induire, de confusion entre le cannabis récréatif et le cannabis médical. Des laboratoires ont été sélectionnés pour cette fabrication à l’étranger puisque la réglementation interdit la fabrication en France. Les produits contiendront des pourcentages variables de THC et de CBD.

La prescription se fera sur ordonnance sécurisée, comme pour tout médicament stupéfiant, et sera délivrée par un professionnel de santé accrédité et formé à cette prescription.

Une page se tourne. Mais la légalisation du cannabis récréatif n’est pas d’actualité.

Pour autant, les patients en souffrance méritent que la réglementation française sur l’usage médical du cannabis avance.


Dr Christelle Besnard-Charvet – La revue MTRL – mars 2021. N° 109