Cette Télé-Réalité de m…

M 6 et ses Mariages entre crétins !

Robe blanche, costume-cravate, parterre de fleurs… Marianne et Aurélien ne se connaissent pas, ils ne se sont jamais vus, et pourtant, dans quelques secondes, ils vont se dire « oui » pour la vie devant leurs deux familles – et devant les caméras.

Qui oserait se marier avec un(e) inconnu(e) ? Dans la vraie vie, sûrement pas grand monde. Mais que diriez-vous si l’on vous proposait d’épouser votre âme sœur, cette dernière ayant été trouvée, parmi 7 milliards d’êtres humains, grâce à la « science » ?

C’est tout le pitch de l’émission Mariés au premier regard, diffusée en ce moment sur M6 : des candidats se rencontrent le jour de leur mariage, avec la certitude qu’ils sont compatibles, grâce aux résultats des tests qu’ils ont dû passer (un test de QI ? de Rorschach ? un QCM de 10 questions ? nul ne sait).

Tenez, Marianne et Aurélien sont, par exemple, compatibles à 78 %. Alain et Cécile font mieux, avec 83 % de taux de compatibilité.

A priori, l’émission ne fait de mal à personne : trois semaines après leur mariage, les candidats décident s’ils veulent divorcer ou non.

Sur les cinq saisons que compte cette télé-réalité, 58 candidats – hommes et femmes – se sont prêtés au jeu, mais seuls deux couples sont encore mariés à l’heure actuelle. Pas très performants, les entremetteurs…

Une voix off qui induit le téléspectateur en erreur

Ce qui interroge dans cette émission, tout droit importée des États-Unis, bien évidemment, c’est l’emploi du mot « science ».

Ce terme, utilisé à tout-va par la voix off de l’émission comme un gage de respectabilité, induit le téléspectateur en erreur : la science n’a bien sûr rien à voir là-dedans, et si un test de compatibilité fiable existait, cela ferait longtemps que Tinder et compagnie auraient fait faillite. Ça peut paraître évident pour certains, mais sur les 2,5 millions d’auditeurs de l’émission, on mettrait notre main à couper que certains y croient vraiment.

Autre point à noter, la présence de deux psychologues, censés accompagner les candidats tout au long de l’émission. On retrouve ainsi Pascal de Sutter, psychologue belge, également professeur de psychologie à l’université catholique de Louvain, et Estelle Dossin, psychologue clinicienne. Apparemment, pas des charlatans.

Pourquoi se sont-ils donc embarqués dans cette télé-poubelle ?

Sans remettre en question leurs capacités, on peut s’interroger sur leur réelle utilité lorsque l’on entend les banalités qu’ils débitent à chaque épisode.

Estelle Dossin nous explique, par exemple, qu’il est normal que Yannick, un candidat marié à Mélina, se comporte différemment avec elle qu’avec ses amis, « sinon cela voudrait dire qu’il ne ressent que de l’amitié pour elle ». Profond.

Pascal de Sutter, lui, nous dit qu’« à l’approche d’un changement de vie radical, on a tendance à paniquer ». Tiens donc, mais pourquoi ? « Parce que, quand on a un certain mode de vie, même s’il ne nous plaît pas, même s’il est indisposant, même s’il y a de la souffrance, on connaît ce mode de vie. Quand on doit tout d’un coup changer de travail, changer de pays ou changer de vie conjugale, découvrir l’amour avec quelqu’un, eh bien, ça soulève un énorme stress. » Merci, Pascal, pour l’info !

On passera outre les problèmes de consentement et de harcèlement sexuel flagrants dans l’émission, déjà évoqués à plusieurs reprises, pour finir sur un super conseil de Pascal : « Le bonheur, ça s’apprend ».

Voilà, vous venez d’économiser 70 euros de consultation !


Lorraine Redaud. Charlie Hebdo. 05/05/2021