Territoriales et régionales, des élections bien mal embouchées…

Décidément le crémier locataire temporaire de l’Élysée a tout fait pour saboter les élections hier au niveau des municipalités, c’est maintenant les élections territoriales et régionales qu’il entend saboter.

S’il y avait une raison de plus pour faire démentir le bien-fondé d’une gouvernance macroniste, amie-ami électrice électeur, vous avez la une raison de plus pour aller voter et changer l’avenir de la gestion des territoires, de la région, et demain de l’État français. MC


Si, faute d’être parvenu à terrasser définitivement son « ennemi » le Covid-19, le « guerrier » Macron se dit résolu à devoir « vivre avec », pour ce qui est de ses opposants de LR, il est d’un avis différent. Là, il entend clairement vivre sans.

Après avoir déjà, voilà quatre ans, fait imploser la droite et la gauche « en même temps », il remet le couvert.

A un an de la présidentielle, et à deux mois des régionales, il a balancé une petite bombe à fragmentation qui n’a pas fini de refaire des dégâts chez LR. En faisant annoncer dimanche par le Premier ministre en personne, au nom du « dépassement politique », une entente aux régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur entre LR-EM et Renaud Muselier, candidat sortant de LR, qui lui a aussitôt retiré son investiture, il s’est à nouveau employé à fracturer un parti qu’il avait, en débauchant ses ténors et en ne cessant de piétiner son terrain de jeu, déjà bien dévasté.

Avec ce retrait de la liste LR-EM et ce soutien à Muselier, qu’un sondage donnait à 5 points derrière son ex-collègue Thierry Mariani, passé, lui, de LR au RN, Macron, à la manœuvre depuis un moment, a déclenché, disent ses détracteurs du cru avec le sens local de la modération, « une déflagration atomique ». Le tout, il n’est pas inutile de le rappeler, alors qu’en Paca, comme dans de nombreuses autres régions, LR-EM, compte tenu de sa très faible implantation locale, n’a pratiquement aucune chance de victoire en juin prochain.

Le dépassement» n’est pas que celui des clivages, c’est un peu aussi, au passage, l’enjambement d’une rouste aux régionales annoncée. Car l’objectif de ce genre de rapprochement est d’abord celui d’un élargissement de la majorité à droite pour la présidentielle, évidemment.

Outre une zizanie régionale, l’affaire, en prenant de l’ampleur, a contraint LR à se poser des questions auxquelles il n’y avait que de mauvaises réponses. De la présentation matériellement compliquée et politiquement périlleuse d’une liste LR face à Muselier privé de son investiture, à son exclusion au risque de perdre la région s’il venait à la gagner, le parti de droite essaye de limiter les dégâts en demandant à Muselier de faire quelques concessions et de les annoncer. Mais, entre les fractures internes et l’impossibilité pour le parti de se trouver un « candidat naturel» à la présidentielle, limites ou pas, les dégâts sont bien là !

Et la Macronie est appelée à les marteler et à entonner l’air de la «recomposition politique ». Bruno Le Maire, ex LR, parle d’« acte de divorce définitif » dans le parti de droite entre « deux lignes irréconciliables », lignes que le porte-parole du gouvernement résume « à ceux qui veulent construire avec nous et ceux qui veulent pactiser avec le RN ». En d’autres termes, la « recomposition » de la majorité passe par la décomposition de LR. Et par le recadrage de la présidentielle au seul duel Macron – Le Pen.

En attendant, le RN n’en espère pas moins récupérer des électeurs de LR. Et, pour en revenir à sa guerre, même si Macron a cabossé un peu plus un opposant, il reste encore à la merci, pour cette même présidentielle, de ses résultats à venir face au Covid son ennemi.


Éditorial – Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 05/05/2021