En dehors des électeurs très droitiers (genre RN) qui peut vouloir d’un élu comme Eric Ciotti

Aux législatives de 2017, le lepéniste Philippe Vardon avait été très généreux envers son opposant LR. Il vient de l’écrire dans un SMS. Et d’autres parlent beaucoup…

La guéguerre entre les vedettes de la droite Eric Ciotti et Christian Estrosi vient, à Nice, de prendre un sacré coup de jeune.

Toujours prêts à se glisser un noyau d’olive dans le pan bagnat, les deux anciens amis s’étripent en marge du dernier spectacle à l’affiche : l’éclatement de la droite régionale entre les partisans d’une alliance avec LR-EM (inaugurée par le Marseillais Renaud Muselier, alias « Mumuse ») et leurs opposants.

Cette fois, c’est un échange interne au RN des Alpes-Maritimes qui vient pimenter la campagne : un SMS daté du 19 mars et signé Philippe Vardon, le patron local du parti lepéniste. Lequel a adressé à un collaborateur ce message énigmatique : « On est dans les candidatures aux départementales, et on commence donc à réfléchir en parallèle sur les législatives aussi. Il faudrait qu’on en parle à l’occasion, mais je ne vois pas la moindre raison que Ciotti bénéficie du même cadeau que la dernière fois… » Bigre ! Et de quel « cadeau » peut-il s’agir ?

Le FN de l’époque aurait prêté main-forte à Eric Ciotti aux dernières législatives, et personne n’en aurait rien su ? Petit retour en arrière…

Déserteur frontiste

Le 18 juin 2017, le député LR sortant est confortablement réélu. Dans les trois secteurs de Nice, face à la déferlante de nouveaux députés LR-EM, Ciotti est le seul à sauver sa peau. Or, un mois plus tôt, un drôle de coup de théâtre se produit dans la 1re circonscription, où il se représente : le candidat investi par le FN, un certain Philippe Vardon, décide subitement de changer de circonscription ! Ce conseiller régional bien en place, qui a fait partie de l’équipe de campagne de Marine Le Pen à la présidentielle et qui, pour Ciotti, représente un adversaire médiatique de poids, déserte en rase campagne.

Il déclare renoncer à affronter le sortant et préfère aller fureter dans la 3e circonscription, plus excentrée et qu’il connaît moins, pour affronter l’avocat Rudy Salles (LR-UDI).

A Paris, le FN donne sa bénédiction. Et, pour remplacer le jeune Vardon dans le secteur de Ciotti, envoie un illustre inconnu de 75 piges, Jean-Pierre Daugreilh, dépêché depuis la ville de Vence.

Pour Eric Ciotti, qui pouvait craindre une triangulaire avec Philippe Vardon et Caroline Reverso-Meinietti (LR-EM), le ciel s’éclaircit. De fait, dès le premier tour, le 11 juin, Daugreilh se ramasse, avec 12 % — le pire score du FN dans le département. Il ne figure même pas au second tour, que Ciotti remporte face à la macroniste Reverso, avec 56 % des voix.

Dans les deux autres circonscriptions de Nice, le FN est présent au second tour face à des candidats LR-EM. Dans la 3e, c’est même la farce : le candidat estrosiste Rudy Salles ne figure pas au second tour ! Sa candidature a été plombée par un dissident LR de dernière minute, Stanislas André, ce qui profite à Vardon (qui ne sera toutefois pas élu).

Coïncidence ?

Cet André deviendra le secrétaire de la circonscription de Ciotti… Il n’en faut pas plus pour que la rumeur enfle : le FN aurait enlevé Vardon des pattes de Ciotti en échange d’un coup de pouce face à Rudy Salles. Il se murmure même qu’Olivier Bettati, ami de Ciotti et conseiller régional siégeant sur les bancs FN, se serait chargé des tractations.

À l’époque, tout le monde dément vigoureusement.

Quatre ans et quelques nouvelles inimitiés plus tard, c’est une autre histoire !

Le SMS de mars dernier signé Vardon fait des ravis, à commencer par Bettati : « Oui, à l’époque, c’est moi qui suis intervenu pour Ciotti, lâche-t-il au « Canard ». Il était tétanisé, il craignait de perdre son siège face à LR-EM. Je l’ai vu chez lui, il m’a demandé de trouver un accord avec Vardon et le FN. Ce que j’ai fait. »

Joint par le Palmipède, Ciotti, en froid avec Bettati, pousse un cri sarkozyen : « C’est une fable totale ! Bettati a inventé tout ça parce qu’il veut finir sur la liste de Muselier — je le sais, Muselier me l’a dit. »

Et l’actuel président de la commission d’investiture de LR de balancer encore : « Je n’ai jamais parlé de ma vie à Vardon. Il est allé dans la 3e parce qu’il savait que Rudy Salles était plus faible que moi. Moi, j’ai, un positionnement à droite, contrairement à Salles, et j’ai fait 35 % au premier tour. C’est ce positionnement qui fait que, Vardon ou un autre, c’est pareil. Et, dans le centre de Nice (la circo de Ciotti), il faut un notable qui plaise aux bourgeois. Lui, il a une mauvaise image. »

Fine allusion au riant passé de Vardon, ex-membre du groupuscule Unité radicale et du Bloc identitaire.

Troublants aveux

Mais c’est encore l’intéressé lui-même (aujourd’hui membre du bureau national du RN) qui parle le mieux du « cadeau » évoqué dans son SMS.

Réfutant tout pacte secret scellé avec le FN et Marine Le Pen, Vardon lâche tout de même : « En 2017, je suis allé dans une circonscription plus populaire. C’est une décision que j’ai prise avec mon équipe pour des raisons sociologiques et d’opportunité. Il est vrai qu’Olivier Bettati fait partie de ceux qui m’ont conseillé de changer. » Et de pousser un peu plus la chansonnette : « Il est évident qu’on ne peut pas dire qu’on a mis le paquet contre Ciotti. On peut considérer qu’on a été plus faibles sur certaines circonscriptions, que ça lui a profité et qu’aujourd’hui on voit les choses différemment… »

Ça ne peut pas être Noël tous les jours !


Christophe Nobili. Le Canard enchaîné. 05/05/2021


L’avis de l’administrateur (qui comme d’habitude ne regarde que lui). C’est la découverte de tels agissements qui portent les électeurs à se détourner des urnes.

Il est dommageable que ce type d’accord ne soit pas connu avant le premier tour des élections quelles qu’elles soient.

Pour autant nous ne pensons pas que tous les candidats agissent de la même manière, certaines-certains sont parfaitement honnêtes… encore faut-il les distinguer d’abord en étudiant tous les programmes proposés et s’engager auprès de celle–celui qui correspond le plus aux souhaits sociétaux de la plus grande majorité des électeurs. MC