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À la télévision, “tout le monde pleure, ce soir !”

Sur TF1, France Télévisions ou NRJ 12, les invités n’ont plus honte de verser une larme en public aux heures de grande écoute. C’est d’ailleurs ce qui les motive. On appelle ça l’“emotainment”. Et ces programmes cartonnent !

« Je ne vais pas réussir à parler, je suis désolé. » Soudain, dans le fauteuil rouge de The Voice, le télé-crochet de TF1, le chanteur Vianney s’effondre en sanglots devant six millions de téléspectateurs, après le slam d’un candidat. « Que d’émotion ! Tout le monde pleure, ce soir ! », commente Nikos Aliagas.

Autre soir, autre arène, à quelques mètres de là : le studio 128 de La Plaine-Saint-Denis, sur le tournage de La boîte à secrets, l’émission de France 3 qui réserve des surprises aux artistes. « Vous êtes ému, Pierre ? » interroge l’animatrice Faustine Bollaert. « J’aurais du mal à le cacher… Oui », chevrote Pierre Perret, cueilli par la reprise de son tube Lily par Olivia Ruiz. Il a 86 ans et les yeux embués comme un enfant.

À la télé, on chante, on s’empoigne, on dérape… Et on pleure. À mesure que les émotions débordent de l’écran, les courbes d’audience s’envolent.

Le genre cartonne, et dans le milieu de la télé, il porte un nom venu des États-Unis dans les années 1990 : l’emotainment, contraction d’emotion (« émotion ») et d’entertainment (« divertissement »).

Comprenez : un mélange de surprises et de spectacle, dont le but est de vous scotcher au poste, poils dressés. « La télé, ce sont des cycles. Il y a eu une vague très “variétés” dans les années 1980, puis très “spectacle” dans les années 1990 et 2000 ; aujourd’hui, c’est l’emotainment », confirme le producteur Franck Saurat, un des piliers du divertissement à la télé française.

Les larmes ont toujours eu la cote : […] Il faut dire que les productions mettent le paquet.

Dans La boîte à secrets, les vedettes découvrent des objets et des souvenirs intimes. « On travaille aussi à éveiller leurs sens, avec, pour Marianne James, une gousse de vanille, l’odeur fétiche de son père. On se creuse la tête comme on préparerait un mariage ou un anniversaire », précise la productrice, Fanchon Giorda.

Mais, se défend l’animatrice, Faustine Bollaert, « on n’est pas trash ». « Je ne me reconnais pas dans ce terme pathos d’“emotainment”, qui sous-entend que tout est fabriqué, dit-elle. Cette émission est une carte blanche aux émotions. J’aime quand nos invités, qui sont des bêtes médiatiques, tombent le masque. Tout cela dit quelque chose de notre besoin d’une télé refuge, qui nous montre en vrai, loin des réseaux sociaux. » Chez elle, pas de larmes sans joie.

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François Rousseaux . Télérama. Titre original : « tout le monde pleure, ce soir ! ».

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