Qui s’en souvient ?

Elle disparue un jour, la mode l’a emporté dans les esprits et souvenirs des auditeurs…

Les Petits Pavés

Las de t’attendre dans la rue
J’ai lancé deux petits pavés
Sur tes carreaux que j’ai crevés
Mais tu ne m’es pas apparue
Tu te moques de tout je crois

Demain je t’en lancerai trois

Par devant ta porte cochère
Pour faire tomber tes amis
Trois et quatre pavés j’ai mis
J’exècre tes amis ma chère
Demain je recommencerai
Et tes amis je les tuerai

Si tu ne changes pas d’allure
J’écraserai tes yeux ton front
Entre deux pavés qui feront
A ton crâne quelques fêlures
Je t’aime t’aime bien pourtant
Mais tu m’en as fait tant et tant

Les gendarmes en cavalcade
Me poursuivront après ce coup

Pour m’attacher la corde au cou
Je me bâtis ma barricade
Et sur les pavés je mettrai
Mon cœur durci par le regret

Autant de pavés par le monde
De grands et de petits pavés
Que de chagrin-ins encavés
Dans ma pauvre âme vagabonde
Je meurs je meurs de tout cela
Et ma chanson s’arrête là.

Cora Vaucaire  (1918-2011)


Paroles: Maurice Vaucaire. Musique: Paul Delmet



Longtemps habituée à défendre les textes de Jacques Prévert sur scène (elle est la créatrice des Feuilles mortes), elle s’est peu à peu imposée comme l’une des plus subtiles interprètes de la chanson française, faisant connaître Barbara à l’époque où celle-ci n’osait pas chanter ses propres textes (Dis, quand reviendras-tu ?, Attendez que ma joie revienne), Léo Ferré (Les Forains) ainsi que le québécois Raymond Lévesque (Quand les hommes vivront d’amour).

Défendant un répertoire sans concessions, elle reprend des chansons du Moyen Âge (La Complainte du Roy Renaud, Le Roi a fait battre tambour), crée La Complainte de la Butte dans le film French Cancan de Jean Renoir en 1955 et interprète Trois petites notes de musique dans le film Une aussi longue absence d’Henri Colpi sur un scénario de Gérard Jarlot et Marguerite Duras (Palme d’or au festival de Cannes 1961). Ce film l’oblige à sortir d’une période particulièrement sombre en lui faisant rassembler, en quelques heures, les forces qui lui restaient pour chanter avec réalisme la fameuse complainte alors que le film était déjà « bouclé » avec une autre interprète.

Elle chante des chansons du répertoire du café-concert : Harry Fragson (Je ne peux pas), Yvette Guilbert (Quand on vous aime comme ça), et reprend Le Temps des cerises ; elle chante L’Internationale devant des usines en grève.

Accueillie au Japon dans les années 1980, elle se produisait encore dans les années 1990 dans un dépouillement au sommet de son art : à l’Olympia en 1991, au Théâtre Déjazet (Théâtre Libertaire de Paris) en 1992, au Théâtre de La Comédie des Champs-Élysées en 1997 et au Théâtre des Bouffes-du-Nord en 1999. Elle a également chanté au festival du Marais en 1975 et 1981.

Il faut aussi souligner son interprétation de plusieurs autres chansons phares, telles que : Le Pont Mirabeau (poème de Guillaume Apollinaire, musique de Léo Ferré), Maintenant que la jeunesse (poème de Louis Aragon, musique de Lino Léonardi) ou L’Écharpe (paroles et musique de Maurice Fanon).