Doubles fautes…

À force de laisser l’insécurité, l’incivilité se répandre. À force de laisser les médias cultiver des faits divers certes absolument condamnables, mais dont on ne dit jamais les raisons les ayant amenés. À force de gouverner uniquement entre le moi je et le fascisme promis aux prochaines élections. Après avoir oublié sciemment le rapport Borloo sur les quartiers défavorisés entre autres. Nous ne pouvons pas nous étonner même si bien évidemment nous le condamnons, la parution de ce brûlot appelant les armées à supplanter « les restes » démocratiques de cette Vᵉ République. MC

Ce brûlot de généraux retraités adressé au président de la République, au gouvernement et aux parlementaires n’y vont pas par quatre chemins. La France serait victime d’un « délitement qui, à travers un certain antiracisme » a pour « seul but » de « créer sur notre sol un mal-être, voire une haine entre les communautés ». Il serait le fait de « l’islamisme et des hordes de banlieues », entraînant « le détachement de multiples parcelles de la nation pour les transformés en territoires soumis à des dogmes contraires à notre Constitution ».

Ils adressent leurs préconisations, à peine ambiguës : « Si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une ­ explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles. » « Il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain, la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant », préviennent-ils, non sans avoir lancé cette sorte d’avertissement aux destinataires de leur appel : « N’oubliez pas que, comme nous, une grande majorité de nos concitoyens est excédée par vos louvoiements et vos silences coupables. »


Article non signé paru dans le Dauphiné libéré du 28/04/2021

La tribune signée par d’anciens haut gradés de l’armée française contre « le délitement » du pays a fait réagir de tous les côtés de l’échiquier politique. Au gouvernement, la ministre des Armées Florence Party parle de sanctions.

Explications.

Lutter contre « le délitement qui frappe notre patrie » : c’est l’appel lancé par des militaires dans l’hebdomadaire proche de l’extrême droite Valeurs Actuelles. Ces derniers parlent ainsi de la possibilité d’une « intervention de nos camarades d’active » (comprendre les militaires encore en service) dans le but de protéger « nos valeurs civilisationnelles ».

Qui est à l’origine de la tribune ?

La tribune a été publiée le 21 avril par Valeurs Actuelles, pile 60 ans après le putsch des généraux d’Alger, par « une vingtaine de généraux, une centaine de haut gradés et plus d’un millier d’autres militaires », souligne l’hebdomadaire. Certains d’entre eux sont toujours en service.

Sans surprise, on retrouve principalement parmi les signataires de cette tribune d’anciens militaires proches des milieux et des partis d’extrême droite, du Rassemblement national à Debout la France. L’auteur d’origine de la tribune, Jean-Pierre Fabre-Bernadac, a d’ailleurs fait partie du service d’ordre musclé du Front national au début des années 1990.

Quelles réactions politiques ?

Du fait des nombreux liens entre les signataires et son mouvement, Marine Le Pen, président du Rassemblement national, a applaudi cette tribune : « Je souscris à vos analyses et partage votre affliction ». À gauche, Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu’une lettre signée de 23 parlementaires LFI avait été envoyée au procureur de la République, Rémy Heitz, lui demandant de se saisir de « cet appel à l’insurrection » et d’engager dès poursuites contre Valeurs Actuelles.

Du côté de l’exécutif, la ministre des Armées Florence Parly a assuré dans une interview à Franceinfo lundi que cette tribune l’avait « fait bondir : c’est une insulte qui est jetée à la figure de milliers de militaires ».

Des sanctions possibles ?

Les militaires à la retraite, comme c’est le cas de bon nombre de généraux signataires, ne sont pas soumis au droit de réserve, contrairement à ceux toujours en activité au sein de l’armée. Jean-Luc Mélenchon a ainsi demandé que les services de renseignement des armées identifient les militaires actifs signataires du texte pour qu’ils soient radiés.

Si Florence Parly a expliqué dimanche dans un tweet que la tribune était « uniquement signée par des militaires à la retraite, qui n’ont plus aucune fonction dans nos armées et ne représentent qu’eux-mêmes », la ministre a précisé lundi que des investigations seront menées.

Elle a demandé « au chef d’État-major des Armées d’appliquer les règles qui sont prévues dans le statut des militaires, c’est-à-dire des sanctions, car ce sont des actions qui sont inacceptables ».

Dans l’éditorial du « Canard enchaîné », sous la signature d’Éric Emptaz, le titre ne fait pas mystère « SÉDITION SPÉCIALE » et de poursuivre…

Il ne manquait plus qu’eux !  

Voilà que des racornis du képi, des naphtalines de la fourragère et du galon font une razzia sur l’actualité ! Ces nostalgiques du « quarteron de généraux en retraite » du 21 avril 1961 à Alger, moins étoilés mais tout aussi retraités que les généraux en question, n’en sont pas moins prêts à rempiler. Pire, si le « laxisme » de « nos gouvernants » perdurait, ils menacent d’appeler leurs « camarades d’active » à se lancer dans « une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ».

Certes, comme souvent chez les militaires, le style ne craint pas l’ampoule, mais il s’agit rien de moins que de sauver « notre beau pays » menacé par la « guerre raciale » et les « hordes de banlieue » susceptibles de mener à la « guerre civile ». Un quasi appel au putsch, lancé soixante ans après celui des généraux félons d’Alger par 20 généraux, suivis au pas cadencé par « une centaine de hauts gradés et plus d’un millier d’autres militaires ».

Eux n’ont pas pris, comme leurs séditieux ancêtres, le contrôle de la radio pour l’annoncer mais celui de l’hebdo droitier « Valeurs actuelles ». Lequel semble se spécialiser dans ce genre d’appel, puisque la semaine précédente il publiait déjà une autre exhortation à l’insurrection. Celle de l’Agité du bocage, Philippe de Villiers, qui voit en son frère, Pierre, le seul général à même de sauver la France.

Mais cet étoilé-là n’est pas parmi les signataires. Les retraités de la tribune sont plus à l’extrême droite et plus obscurs. Quant à son auteur, un nommé Fabre-Bernadac, ancien de la gendarmerie (dans les bureaux de vote proches de casernes de gendarmes, le RN fait souvent de gros scores) et de l’armée de terre, il n’est que capitaine. Et son fait d’armes le plus marquant est d’avoir un temps dirigé, dans les années 90, le DPS, le service d’ordre très bastonneur du FN, époque papa Le Pen.

Sa fille ne devait pas être au courant puisque, sans trop réfléchir à ses efforts dédiabolisants, Marine s’est précipitée, dès la tribune publiée, pour inviter, sur le site du même journal, les séditieux à la « rejoindre au RN », alors que plus d’un l’avait déjà fait depuis longtemps.

Au moment où Marine Le Pen déplore le « chaos » du terrorisme, soutenir des factieux peut sembler curieux. Tout comme il est un rien hasardeux, pour quelqu’un qui prétend à diriger la République, de pactiser avec les premières ganaches venues qui menacent de la renverser.

Mais celle qui répète que « le pays a besoin d’un tour de vis» ne s’en est pas moins emballée.

Mélenchon, lui, ne s’y est pas trompé. L’Insoumis veut bien de l’insoumission partout, mais pas dans l’armée. Enfourchant les chevaux à gros sabots de la République en danger, il a annoncé « un signalement auprès du procureur général» et réclamé à Florence Parly, la ministre des Armées, d’« activer les services de renseignement » et de prendre des sanctions.

 Cette dernière suivant l’exécutif qui n’entendait pas donner de l’ampleur à cette tribune de ne pas réagir. Elle a fini par le faire en rappelant à la candidate du RN que « l’armée de la République est au service de la nation et de personne d’autre ».

L’Élysée, qui s’intéresse surtout à l’« erreur » de Le Pen, s’est gardé d’en rajouter publiquement. Il n’en reste pas moins, au-delà des élucubrations énervées de ces factieux d’Ehpad, que ces appels à l’« insurrection », celui-ci comme celui de Philippe de Villiers la semaine passée, font, par leur violence et leur audience, désordre dans un pays dont le président régalien en campagne se gargarise de sécurité.

Au lendemain du putsch de 1961, de Gaulle avait lâché en Conseil des ministres : « Ce qui est grave dans cette affaire, messieurs, c’est qu’elle n’est pas sérieuse. »

Soixante ans plus tard, la formule a moins vieilli que les généraux.


Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 28/04/2021


Dessin de Kiro – Le Canard – 28/04/2021

2 réflexions sur “Doubles fautes…

  1. bernarddominik 28/04/2021 / 18:26

    Je ne crois pas au putsch. Les généraux constatent ce à quoi nous assistons impuissants: des quartiers ne font plus partie de la république. Sur les réseaux sociaux, comme facebook, certains groupes, à 90% africains, déversent leur haine de la France et des français, alors que la plupart sont réfugiés et pensionnés par l’état français. Notre état a échoué à intégrer et le résultat en est l’insécurité. La réponse des gouvernements ce sont des nouvelles lois, mais comme il ne les fait pas respecter, il faut bien reconnaître sa faillite. Si déjà les lois étaient respectées, dont la répression des discours haineux, ça irait nettement mieux. Soit on expulse les immigrés soit on les intègre et le premier pas c’est leur donner du travail. En acceptant des immigrés et en les cantonnant dans des ghettos avec juste le RSA les allocations logement et familiales on obtient ce qu’on voit dans nos cités: haine violence.

  2. jjbey 28/04/2021 / 21:03

    Le putsch de 1961 avait foiré du fait de l’opposition ferme du peuple et les généraux sans troupes, les appelés ne les suivant pas, ont dû capituler. La professionnalisation de l’armée, la montée des idées d’extrême droite sur fond de paupérisation de la population, changent la donne et nous devrions nous méfier de ce genre d’expression qui n’est peut-être que la partie visible de l’iceberg du fascisme rampant.

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