Les sondages d’aujourd’hui, n’augurent pas des résultats de demain !

Les vagues de sondages d’opinion sur les régionales et surtout les élections présidentielles (qui n’auront lieu que dans un an) vont toute dans le même sens. Reflet du réel, il convient donc de les regarder, de les étudier, de comparer avec ce que l’on nous dit sur les marchés, dans les rencontres organisées ou en famille.

Ces sondages ont aujourd’hui un gros inconvénient : ils sont utilisés pour influencer. En quelque sorte, ils agissent auprès des électrices et des électeurs comme une présélection, voire de primaires à l’intérieur de chaque bloc partisan.

Le Journal du Dimanche (JDD) a publié cette semaine une enquête très poussée sur les rapports de force, les comportements des électeurs et des prévisions de score. Évidemment, on ne vote pas dimanche prochain. Il est donc difficile de préjuger d’un vote qui aura lieu dans un an. Cependant, il faut se saisir de ces enquêtes non pas pour acter des situations, mais pour les faire évoluer, les transformer.

Les récentes enquêtes sont conformes à ce que nous observons dans le monde entier et c’est préoccupant. Nier cela reviendrait à s’empêcher de combattre les lourdes tendances à l’œuvre.

Le rapport de force politique en France est désormais dominé par les forces de droite traditionnelle, de la droite macroniste et de l’extrême droite.

Aujourd’hui plus de quatre Français sur dix refusent désormais de se positionner à gauche.

[Evidemment ce mot « gauche » est ambiguë parce qu’il a été trop longtemps] associé à la gestion social-libérale (et, non plus social-démocrate) du pouvoir de Hollande et des socialistes. En effet, la grande rupture s’est faite durant le quinquennat Hollande.

Au début de celui-ci la gauche était mesurée aux alentours des 46 à 48% ; elle se retrouve à 25-30% aujourd’hui.

Les dégâts sont considérables. Cette situation dont une partie préexistait évidemment avant les dernières présidentielles a conduit à multiplier la mise sur pied de mouvements ou de partis sociaux-démocrates fragmentant encore plus le parti socialiste. Même avec cette stratégie, ce courant ne décolle pas. […]

 […] … ces sondages qui occupent une place de plus en plus centrale dans la vie politique ont vocation à nourrir la machine médiatique et à préparer les esprits à des scénarios déjà fomentés.

 […] Affronter l’actuelle situation politique,  […] exige des analyses fines sans simplisme trop répandu dans l’objectif de transformer ce panorama. Ce n’est pas en niant les problèmes qu’on peut les combattre. La droitisation du paysage politique, perceptible depuis plusieurs années voire décennies, trouve de nouveaux prolongements dans la situation présente, héritière d’une longue décennie de politiques d’austérité qui auront ravagé le continent et bloqué les perspectives d’émancipation individuelle et collective.

Situation aggravée par la pandémie et ses conséquences, notamment l’atonie du corps social.

 […] La gauche dans ses différentes composantes apparait ainsi durablement affaiblie. Le phénomène n’est guère nouveau. Ce que l’on appelait « gauche » au siècle dernier, c’est-à-dire l’alliance parfois conflictuelle de la social-démocratie et du communisme, ne parvient pas à se réinventer.

[…]
Aujourd’hui, la gauche est engluée dans des débats orchestrés par ses adversaires, dont l’aigreur et l’intensité nourrissent la division, et dont les thématiques fertilisent le terreau de la droite et de l’extrême droite.

Ceci pourrait paraître secondaire si ces différentes forces étaient en capacité de trouver des terrains d’entente sur des sujets fondamentaux, économiques et sociaux, démocratiques et sociétaux, propres à mobiliser de larges pans de la population. Ce n’est malheureusement pas le cas et les facteurs de division sont régulièrement mis en avant au détriment des facteurs d’unité et, avec eux, des facteurs d’espoir. C’est, in fine, le découragement qui gagne l’électeur de gauche.

 […] le programme de stabilité envoyé à la Commission européenne ces derniers jours confirme que M. Macron n’entend pas dévier de son ultralibéralisme qui reste la charpente de sa politique. Celui-ci fait d’un côté fuiter dans la presse qu’il considère les critères de Maastricht périmés pour mieux stipuler, d’un autre côté, dans sa missive aux autorités européenne, qu’il compte ramener les déficits sous la barre des 3% en 2027, soit à la fin de ce qu’il espère être son second mandat. Et ceci en maintenant les baisses d’impôts et en refusant de mener une politique de relance comme le font les États-Unis.

Ce sera donc la dépense publique qui servira encore et toujours de variable : allocations chômages, retraites et services publics… Ultralibéralisme et droitisation semblent être la pente que suit notre pays. Une pente qui fait parfaitement l’affaire d’une extrême droite qui recentre son discours économique et social vers les thèses libérales chères aux institutions européennes.


 […] La lettre hebdomadaire de Patrick le Yaric (14/04/2021) –

Source (Extraits)