Les poireaux pousseront moins bien !

Il fut un temps où les plaines d’Achères (région parisienne) réputées pour ses plantations les productions de poireaux, étaient arrosées dans la grêle naturelle provenant des égouts de la capitale parisienne… Aujourd’hui, est-ce toujours le cas ? En raison de la pandémie, il faut d’abord aseptiser les boues, aussi les terrains manquent de fertilisant ! MC

Voilà une conséquence inattendue de l’épidémie de Covid.

Nos agriculteurs risquent de manquer d’un fertilisant gratis pour leurs champs. Chaque année, 800 000 ha de terres agricoles sont tartinées de boues de stations d’épuration. Même s’il est farci de métaux lourds, cet engrais riche en phosphore est un précieux carburant pour les cultures intensives.

Sauf que, depuis le début de la pandémie, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a recommandé, au nom du principe de précaution, de traiter les boues pour inactiver le virus avant de les épandre. Un conseil de prudence que le ministère de la Transition écologique a rendu obligatoire via un arrêté, pondu le 30 avril dernier.

Or, actuellement, au moins 35 % des boues d’épuration, soit 350 000 tonnes, ne sont pas « hy­giénisées », comme on dit dans le jargon.

Résultat : depuis la signature de l’arrêté, il y a un an, les tas de boues qui n’ont plus le droit d’être badigeonnées comme fertilisant grossissent à vue d’œil. Et 8 000 petites stations d’épuration incapables d’ « hygiéniser » faute d’oseille voient leurs aires de stockage déborder.

Les agences de l’eau ont bien débloqué en urgence 20 millions d’euros pour aider certaines communes rurales à transporter leurs boues vers des centres de traitement, mais ça revient à écoper un océan boueux avec une petite cuillère.

De son côté, l’Association des maires de France est montée au créneau pour que l’Anses revoie sa copie. Laquelle a rédigé, le 17 mars, un autre avis qui dit peu ou prou la même chose.

L’ « hygiénisation » des boues reste de mise, à moins de les mélanger à 30 % de chaux, de les sécher pour en évaporer 80 % de l’eau ou encore de les traiter par bio-méthanisation, tout cela nécessitant entre trois et six mois de stockage.

Fort de ce nouvel avis, le ministère de la Transition écologique s’apprête à sortir un nouvel arrêté, qui, de l’avis des experts, n’apportera pas de vraie solution pour écoper les 350 000 tonnes de boues non grata… On pourrait toujours décider de les incinérer, mais ça coûterait 500 millions d’euros d’investissement, avec en prime du CO2 relargué dans l’atmosphère.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, un récent règlement européen prévoit d’interdire d’ici à 2022 l’utilisation des boues d’épuration dans la fabrication des composts. Un débouché qui concerne pas moins d’un tiers des boues !


Autant dire que les agriculteurs sont vent de… boue.