Natixis et mécomptes !

La banque portant un coup au cœur et… au portefeuille des épargnants !

Dessin d’Aurel – Le Canard Enchainé – 14/03/2021

L’Autorité des marchés financiers doit, ces prochains jours, donner son feu vert à une opération préparée de longue date par BPCE (Banque populaire, Caisse d’épargne). Le groupe mutualiste, en effet, a décidé de retirer sa banque d’investissement Natixis de la cote boursière. Pour ce faire, BPCE propose de racheter (3,7 milliards d’euros) les 29,3 % de Natixis qu’il ne possède pas encore aux actionnaires qui les détiennent. Lesquels recevront une aumône : 4 euros par titre. « Une honte ! » se lamente l’un d’eux.

Comme 2,8 millions de semblables, ce client de l’Ecureuil s’était laissé convaincre de participer à la mise en Bourse de Natixis, en 2006, et avait acheté les actions à 19,55 euros pièce. « Ce cours, malheureusement, correspond à une autre époque », a déclaré, le 9 février, Laurent Mignon. Le PDG de BPCE connaît bien le sujet, puisqu’il a été directeur général de Natixis de 2009 à 2018.

Admirable résignation ! Car lui-même a souffert. « Le jour où il a pris ses fonctions, l’action avait chuté à 1 euro » rappelle l’une de ses collaboratrices. Au cours de cette décennie, Laurent Mignon a tout de même gagné 16,5 millions d’euros (revenus fixes et variables). Mais, avec un cours aussi minable, le malheureux n’a pu faire fructifier ses actions gratuites…

Les dirigeants de la galaxie BPCE passent volontiers sous silence les facéties de cette banque d’investissement qui rêvait de jouer avec les grands de Wall Street. Depuis 2006, elle a pourtant prouvé à maintes reprises son habileté à contourner les règles et son incapacité à gérer les risques. Revue des hauts faits de cette banque modèle…

Un virus made in USA

Natixis a été renvoyé au tribunal correctionnel, du 29 mars au 8 avril, pour avoir sous-estimé, dans ses communiqués financiers, son exposition aux subprimes (ces prêts hypothécaires américains douteux ayant déclenché la crise de 2008). Cette année-là, Natixis avait perdu… 2,8 milliards d’euros et, en 2009, 1,7 milliard.

Soutenus par des associations, des centaines de petits actionnaires ont saisi la justice, en 2009, pour « diffusion d’informations trompeuses » et « présentation de comptes inexacts ». Si les juges leur donnent raison (verdict le 24 juin), la décision pourrait inspirer des milliers d’autres victimes. La banque redoute l’échec en blanc !

Ça trompe énormément

« Information inexacte et trompeuse »… L’Autorité des marchés financiers n’a pas mâché ses mots quand elle a infligé, le 25 juillet 2017, une amende record de 35 millions d’euros à Natixis Asset Management

  • une pénalité ramenée à 20 millions d’euros par le Conseil d’Etat. L’AMF reproche à la banque d’avoir ponctionné, à l’insu de ses clients investissant dans des valeurs risquées
  • via des assurances-vie ou de PEA —, des frais très supérieurs à ceux payés par la société de gestion.

La banque qualifiait cessommes indues de « coussin ». Le gendarme de la Bourse lui a volé dans les plumes !

Jeu de go coréen

« Un accident de marché » : voilà comment Natixis a qualifié, le 18 décembre 2018, sa perte de 260 millions d’euros sur les marchés financiers asiatiques. Natixis proposait des produits « structurés » (complexes et risqués) avec Korea Exchange, la Bourse sud-coréenne. Sauf que le produit financier, mal calibré, s’est révélé déficitaire. Ex-conseiller élyséen de Nicolas Sarkozy, François Riahi, qui régnait à l’époque sur la banque d’investissement en Asie, a été poussé vers la sortie. Il ne maîtrisait pas le baduk (jeu de go coréen)…

Ainsi fond le fonds…

Quelques mois plus tard, le 18 juin 2019, affolement chez les investisseurs de la société de gestion d’actifs H20, détenue à 50,01 % par Natixis. Craignant de ne plus voir la couleur de leurs placements, longtemps hyperrentables, des milliers de particuliers retirent brutalement 8 milliards d’actifs sur les 34 milliards qu’elle gérait. Fin août, l’AMF contraint H2O à suspendre ses opérations spéculatives. L’estimation des pertes de ses clients tutoie le milliard… Natixis s’est séparé de cette activité risquée le 4 janvier 2021. H20 a rincé la clientèle.

Ticket choc

Comme si ces acrobaties bancaires ne suffisaient pas, la filiale Natixis Intertitres s’est fait gauler pour pratiques anticoncurrentielles dans le secteur des tickets-restaurant. Emettrice des « chèques de table », la société avait échangé des informations confidentielles avec Edenred France (Accor), la coopérative Up (les « chèques déjeuner ») et Sodexo Pass France, histoire d’évincer les nouveaux entrants de ce juteux marché. Le 18 décembre 2019, Natixis Intertitres a écopé d’une prune de 83,3 millions d’euros. Finies les petites bouffes entre concurrents ?


Odile Benyahia-Kouider– Le Canard Enchainé – 14/04/2021