Corinne Masiero

Dans la vie, Corinne est comme à l’écran : fonceuse, enthousiaste, honnête.

La comédienne est devenue, depuis quelques années, une figure forte du cinéma et de la fiction télé. Entretien avec une actrice sans filtre, sans paillettes, et qui continue à vivre dans le Nord, où elle est née.

  • Avec « De rouille et d’os », de Jacques Audiard, vous êtes allée à Cannes.

Cannes, t’imagines ! Le festival avec le palace, le mec qui attend pour te maquiller les yeux ! Mettre une robe du soir, ça va pas la tête ! Avec des copains, on est allés acheter des bijoux chez Tati.

Avant d’être actrice, j’ai tenu un bistrot, j’ai été femme de ménage, j’ai gardé des gosses, j’ai vendu de la came, j’ai vendu mon cul… j’ai dormi dans ma bagnole.

Alors oui, je me pince tous les jours de faire du cinoche, mais comment veux-tu que je sois impressionnée par des gens qui te font des courbettes un jour et t’oublient le lendemain ?

Mon mec a une compagnie de théâtre de rue à Roubaix. Je reviens en faire dès que j’ai le temps. C’est avec ce genre de décharge d’adrénaline que tu te souviens pourquoi tu es ­comédienne, et c’est un moyen formidable de véhiculer la culture. Il faut aider des petites compagnies sur le terrain, au lieu de filer de la thune à de la culture de vitrine.

Et puis si par hasard tu te prends pour une actrice géniaaaale en sortant d’une interview dans un palace parisien, rien que de prendre le métro à Roubaix, ça te calme direct !

  • Finalement, vous êtes devenue comédienne sur le tard.

Des potes qui faisaient du théâtre à Douai m’avaient demandé de filer un coup de main pour porter du matériel. La metteuse en scène organisait des trainings physiques. Je poireautais dans mon coin, elle m’a fait monter sur le plateau avec les autres pour improviser des gestes.

Dès que j’ai traversé la scène, j’ai compris que c’était ma maison : plus question de redescendre ! Elle m’a proposé de jouer dans une pièce de Fassbinder, Le Bouc. Je suis allée voir des spectacles vivants pour comprendre ce que c’était de jouer, et j’ai visionné des VHS de Fassbinder en allemand non sous-titré au Goethe-Institut de Lille !

Un autre metteur en scène m’a repérée dans cette pièce. C’était parti. J’ai eu un de ces bols…


Guillemette Odicino – Télérama – Interview est datée du 23/11/12 –

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