Curiosité !

Cette vieille carte a-t-elle inspirée l’entreprise « Michelin » !

Une dalle gravée finistérienne, oubliée depuis plus de 100 ans dans les réserves du Musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye se révèle être une carte de l’âge de bronze. Peut-être la plus ancienne connue à ce jour…

La dalle de Saint Bellec
La dalle de Saint Bellec

Elle était oubliée depuis plus d’un siècle, remisée dans les caves du Musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye après la mort de son inventeur, l’historien local Paul du Châtellier.

C’est une carte partielle de la Bretagne, plus exactement d’une partie du Finistère, la vallée de la rivière Odet, entre Saint-Goazec et la côte atlantique de Bénodet que les archéologues ont redécouverte avec un œil neuf. Loin de la feuille de papier pliée-dépliée-repliée que l’on jette dans le vide-poche d’une voiture, cette carte de l’âge du bronze, nous sommes dans le deuxième millénaire avant notre ère chronologique, entre -2000 et -1500, cette carte de l’âge du bronze c’est une dalle de 2 mètres sur 1,5 mètre, qui parait d’autant moins pratique à emporter en balade qu’elle est en morceaux, mais elle tue l’idée reçue selon laquelle les humains de l’époque ne s’intéressaient pas à représenter l’espace qui les entourait et se contentaient de leurs cartes mentales en s’orienter selon des repères élémentaires : « le tumulus après la deuxième rivière à droite ».  

Dans le tracé de cette carte préhistorique, on peut déceler par des formes géométriques répétitives et dans les reliefs créés à sa surface de la pierre la représentation cartographique des paysages environnants, des cours d’eau de la région, des enceintes, des parcelles de terres déterminées par une main humaine, des tumuli, pluriel de tumulus, indiquant des tombes, et des routes. La redécouverte de cette dalle gravée de Saint-Bélec en Leuhan intéresse la planète archéologique mondiale si l’on en croit les publications sur le sujet paru dans le Guardian en Grande Bretagne et la revue du Smithsonian Museum de New-York. Reste à savoir pourquoi cette carte a été créée.  

La plus ancienne carte connue d’Europe ? Du monde ? 

Parce que cette carte de pierre, dessinée il y a 4000 ans, pourrait être la plus ancienne carte connue d’Europe et peut-être du monde. Elle pourrait également planter un repère dans ce temps si lointain, sans archives et sans chroniqueurs pour nous raconter son histoire même enjolivée. La commande de l’inscription des frontières et des caractéristiques d’un territoire serait l’indice précieux de deux changements successifs de pouvoir politique.

Un inventaire et une délimitation d’un espace, de ses habitants, de ses équipements, de ses monuments, un acte de propriété utile à celui qui s’en réclamait pour faire valoir son autorité. La dalle de Saint-Bélec serait donc la preuve d’un premier bouleversement du pouvoir politique au moment de sa conception et peut-être de la réorganisation en cours d’une société.  

Un repère dans l’espace et dans l’organisation humaine et un repère dans l’histoire, une précieuse carte donc. La géographie sert à faire la guerre, comme l’écrivait le géographe Yves Lacoste en 1976, mais aussi à ranger le désordre créé à cette occasion, c’est-à-dire à faire la paix ou quelque chose qui s’en approcherait.  

Il nous manque la carte précédente, si elle a un jour existé, celle qui nous renseignerait sur les frontières et l’organisation du territoire et de ses hommes et femmes avant celle-ci.

La dalle de Saint-Bélec est une photo à un instant T, un repère dans le passé mais cette carte de pierre retrouvée brisée pourrait aussi signifier la fin d’un règne, et son abolition, la chute d’un roi ou d’un seigneur local par la destruction de ce symbole de son pouvoir.   

Liens :

  • Collectif, La carte et le territoire – La dalle gravée du Bronze ancien de Saint-Bélec (Leuhan, Finistère), Société Préhistorique Française, 01/2021, tome 118, p.99-146. 
  • Livia Gershon, Is This 4,000-Year-Old Bronze Age Slab the Oldest Known Map in Europe? Smithonian Magazine, 07/04/2021.

Source