Elle se « pense » l’anti Wauquiez !

Najat Vallaud-Belkacem telle qu’en elle-même.

Prendre du champ, « couper avec le son médiatique », disait-elle.

D’accord, mais pas trop longtemps, hein. Elle a adoré cette expérience, une vie après la politique, qu’elle décrit sans trop de recul (« Tout ce que j’ai fait depuis était guidé par l’intérêt général et la volonté de mieux comprendre ce pays et le monde »), mais il était temps que ça s’arrête.

Le « monde », c’est bien mignon, mais si on allait l’oublier ?

Voilà des mois que Najat Vallaud-Belkacem préparait son retour en politique, pour les régionales. Elle s’est tâtée longuement. Ile-de-France ? Auvergne-Rhône-Alpes (ARA) ? Va pour ARA. La voilà donc tête de liste socialiste. On lui a demandé si elle s’y voyait aussi pour 2022, elle a dit non pas du tout, mais aussi, un autre jour, « tout est envisageable ».

Interrogée sur la raison de son retour, elle répond qu’elle n’avait pas le choix : « J’ai un, sens des responsabilités, la période est incertaine et dure avec la pandémie, je ne pouvais pas me planquer. » Comme l’a dit François Hollande dans « Un président ne devrait pas dire ça », « Najat, c’est quand même la reine de la langue de bois ».

Qu’a-t-elle fait durant ces trois années ?

Une expérience en tant que directrice générale déléguée chez Ipsos, où, venue avec toute une équipe, elle ne s’est pas distinguée par une implication frénétique ; le lancement d’une collection chez Fayard, dans le but avoué de « rehausser le niveau du débat public », car elle a, affirme-t-elle, « souffert de sa vacuité ».

Une petite reine tout-terrain

Et aussi un poste de dirigeante de la branche française de l’ONG One, qui lutte contre la pauvreté et les maladies en Afrique.

Au conseil d’administration siègent l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, le responsable monde de la communication de Bloomberg, la directrice générale de Facebook, un représentant de l’Open Society de George Soros. Son arrivée à la direction d’une ONG très liée aux Etats-Unis n’est sans doute pas sans relation avec sa nomination en 2006 comme Young Leader, un programme de sélection franco-américain de profils prometteurs des deux côtés de l’Atlantique.

Son côté enfant gâtée du PS à qui tout est tombé tout cuit dans le bec, repérée par Gérard Collomb, qui en fait la petite reine à Lyon sans qu’elle ait jamais eu à se battre, puis happée vers des postes ministériels (Droits des femmes, Education nationale, Enseignement supérieur et Recherche) dans les gouvernements Ayrault, Valls et Cazeneuve, a fait oublier certains de ses combats.

Car l’enfant du Rif, « produit du regroupement familial », père ouvrier, mère longtemps illettrée, s’est battue pour la scolarisation des moins de 3 ans, au nom de l’égalité, et pour la laïcité. Certains de ceux qui l’ont attaquée lorsqu’elle a défendu sa réforme de l’orthographe ont oublié que ladite réforme était proposée par… l’Académie française.

Quels sont ses combats désormais ? « Rien du tout, c’est juste moi, moi, moi », s’amuse un « camarade » du PS, qui oublie un peu vite son opposition courageuse à la réforme de l’ENA, dans laquelle elle voit « une forme de populisme ».

Elle pense capitaliser sur l’effet repoussoir de Laurent Wauquiez sur la gauche de la région, lançant un solennel : « Wauquiez, c’est la quintessence de ce que je combats. » Elle abuse d’une formule qu’elle croit juste, qualifiant son adversaire de « mini-Trump ». « Chez Wauquiez, ils se frottent les mains parce que les socialistes n’accrochent pas dans la campagne, Vallaud-Belkacem stagne à 10-12 %», déplore un fonctionnaire socialiste de la métropole lyonnaise.

Les écologistes ne les y aident pas. Pourtant souhaitée par les militants, la liste d’union de la gauche a été torpillée par EELV. Pour Bayou et ses copains, Vallaud-Belkacem, c’est le vieux monde socialiste, celui qui doit finir dans la poubelle. Le coup de balai à 43 ans, c’est raide.

Elle leur a proposé l’union, leur a même offert la tête de liste, mais rien n’y a fait. Wauquiez, pourtant épinglé pour de sérieux soupçons de favoritisme dans l’octroi des subventions régionales, dépasse les 30 % d’intentions de vote. Qu’ils se dévorent entre eux. parfait.

Plus « Ciao Bella » que « Bella Ciao »

Ses chances sont minces, elle le sait. Les partisans de l’ancien maire Gérard Collomb ne lui pardonnent pas d’avoir laissé tomber son mentor. « La petite Belkacem, certains l’attendent au coin du bois », raconte un socialiste du Rhône. Elle est encore sur le groupe WhatsApp des quadras du PS pleins d’avenir, comme Johanna Rolland, la maire de Nantes, Mathieu Klein, à Nancy, ou Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, mais pour combien de temps ? A-t-elle même encore envie de mordre ?

Elle a passé son permis et appris à nager. Elle aime toujours Goldman et la chanson française, rêve d’écrire de nouvelles paroles sur l’air de « Bella Ciao ». Elle s’est mise en congé de One, sans démissionner, pas folle. Prendre du champ, mais pas trop de risques.


Anne-Sophie Mercier – Le Canard Enchainé – 14/04/2021