C’est loin d’être primordial…

… néanmoins, ce type d’info n’a pas à être négligé, dans la mesure ou il impact la santé humaine et environnementale, le voisinage, le respect animal. Encore une fois la liaison avec la rentabilité immédiate est directement en cause. MC  

Les militants battent la campagne

L’association L214 interpelle sans relâche les enseignes de la restauration collective et de la grande distribution, comme Sodexo, Casino ou Leclerc…  Avec succès, au moins pour les poules pondeuses élevées en cage.

I1s sont une dizaine, mais on ne voit qu’eux. Postés devant la vitrine d’un restaurant Domino’s Pizza, dans une grande avenue parisienne, des activistes de l’association de protection animale L214 brandissent calmement leurs pancartes. Ils n’empêchent pas les clients de l’enseigne d’entrer et sortir à leur guise, mais leur assurent que le poulet contenu dans certains plats proposés ici provient du « pire de l’élevage intensif ».

Des photos de volatiles (très) mal en point illustrent les messages : « entassés », « croissance rapide », « maladie », « stop cruauté »…

C’était il y a un an. La direction de Domino’s Pizza faisait la sourde oreille, pas du tout disposée à céder aux revendications des militants. Alors ceux-ci ont réitéré l’opération devant des dizaines d’autres vitrines, à Gennevilliers, Toulouse, Lyon, Caen, et multiplié les campagnes sur les réseaux sociaux… jusqu’à obtenir satisfaction.

Le 10 décembre 2020, Domino’s Pizza adoptait officiellement l’European Chicken Commitment. Concoctée en 2017 par une trentaine d’ONG européennes, cette charte formule un certain nombre d’engagements : que la densité dans les élevages de poulets ne dépasse pas 30 kilos au mètre carré; que les hangars laissent filtrer une lumière naturelle, soient dotés d’un certain nombre de perchoirs et dépourvus de cages ; que les volailles ne soient pas accrochées vivantes sur la chaîne d’abattage, etc.

Drôle de méthode que de stigmatiser les mauvais élèves de la restauration ?

« Nous nous y employons seulement lorsque nous sommes dans l’impasse. D’abord, nous tentons longuement de convaincre notre interlocuteur qu’il a tout à gagner à changer ses pratiques », assure Léo Le Ster, en charge des campagnes agroalimentaires de L214.

L’association s’inspire de l’activiste américain Henry Spira (1927-1998), qui dans les années 70, 80 et 90 révolutionna la lutte contre la souffrance animale en préférant le dialogue à la confrontation. Pragmatique, Spira savait manier le bâton et la carotte comme personne, félicitant publiquement les entreprises avec qui il avait croisé le fer et qui, de guerre lasse, acceptaient de suivre une voie plus vertueuse. Puis se tournait vers la concurrence pour l’inciter à faire de même (1). Après Domino’s Pizza, c’est l’enseigne Subway qui est aujourd’hui vivement encouragée par L214 à prendre les mêmes engagements que La Mie Caline, Paul ou Patàpain.

En 2018, poussant plus loin encore cette logique de collaboration, les associations Ciwf, Oaba et LFDA créaient avec le groupe Casino un étiquetage « bien-être animal » destiné à éclairer le consommateur sur le poulet qu’il achète. Le dispositif, destiné à s’étendre à d’autres espèces, recense deux cent trente critères, couvrant les différentes étapes de la vie de l’animal, depuis la naissance jusqu’à l’abattage en passant par le transport.

L’initiative fait débat dans le monde militant pour certains, elle entérine l’idée, contestée, que bien-être animal et systèmes d’élevage intensif peuvent être compatibles. « 60% de la grande distribution a adopté cet étiquetage et s’active pour être le mieux notée possible, c’est ce qui importe!! », réplique Agathe Gignoux, la chargée d’affaires publiques du CIWF. « Nous souhaiterions maintenant que cet affichage soit rendu obligatoire, mais pour cela il faudrait que le monde politique s’empare du sujet. » Ce qu’il tarde à faire. « Le législateur est souvent à la traîne », confirme Ghislain Zuccolo, le cofondateur de Welfarm, qui s’est récemment associée au projet. « C’est bien pourquoi nous concentrons d’abord nos efforts sur les acteurs économiques. »

D’ores et déjà, plus de cent cinquante entreprises, parmi lesquelles des ténors de la grande distribution (Carrefour, Leclerc, Casino), de la restauration collective (Sodexo) ou de l’hôtellerie (Accor, Hiltons Hotels) ont exclu de leurs rayons ou de leurs préparations les œufs de poules élevées en cage (ou promettent de le faire d’ici peu).

Des marques de charcuterie (Brocéliande, Bordeau Chesnel) ne s’approvisionnent plus en porcs castrés sans anesthésie (dix millions par an en France). Et comme le rappelle Brigitte Gothière, la porte-parole de L214, « une petite décision prise à l’échelle d’une entreprise peut avoir de grandes conséquences pour un nombre incalculable d’animaux »


Article faisant partie d’un dossier sur l’action de L214 signé : Marc Belpois – Télérama  – N°3717 – 10/16 avril 2021


  1. Lire La Théorie du tube de dentifrice (éd. Goutte d’or), biographie de Henry Spira, par le philosophe australien Peter Singer.