L’État abandonne ses monuments et musées.

Jean-Luc Martinez, brillant archéologue serait « l’ennemi du Louvre ». Face aux reproches, le  directeur du Louvre se défend.

Si le recours au privé s’est développé, c’est que l’État a dramatiquement baissé ses dotations, rappelle-t-il. À l’heure où tous les musées s’inquiètent pour leur réouverture, Jean-Luc Martinez assume son bilan : un Louvre rénové, plus accessible à ses visiteurs, plus ouvert à tous les publics.

Le Louvre est un paquebot dans la tempête. La crise du coronavirus a fait chuter ses ressources.  […] Pourtant, le Louvre n’a jamais été aussi populaire, avec un public jeune et plus de dix millions de visiteurs en 2018.  […]

Quel est le vrai bilan des années Martinez ?

On retrouve le président-directeur sous une pyramide vide. « Le musée du Louvre a été conçu dans les années 1980-1990 pour le tourisme de masse. Ce n’est pas à moi qu’il faut attribuer ce phénomène. Depuis 2013, je n’arrête pas de dire : il ne faut pas accueillir plus, mais mieux. »

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Depuis huit ans, les travaux n’en finissent pas. La grande galerie y passera bientôt : des infiltrations d’eau font cloquer ses murs. Mais avant de la rénover, il a fallu s’attaquer au cœur du palais, dont le chantier doit prendre fin. Certains jugent ce projet inutile et ruineux. « Je déteste les travaux. Si nous les faisons, c’est pour régler des problèmes fondamentaux », plaide Jean-Luc Martinez.  […] .

Quant au budget, « cela nous coûte 60 millions d’euros chaque année. L’État nous en donne 3 et demi. Soit nous nous retrouvons dans la situation du Centre Pompidou, qui doit fermer pendant quatre ans parce que l’État n’a pas entretenu son patrimoine durant des décennies, soit, comme à Versailles, il faut aller chercher de l’argent privé ».

Le Louvre signe donc des accords avec des entreprises qui lui versent des royalties en contrepartie de l’utilisation de son nom : la voiture Louvre, les coussins Louvre, les tee-shirts Louvre.

Ces partenariats peuvent être aussi « événementiels », comme « la nuit sous la pyramide offerte par Airbnb »…

Dans les équipes, certains avouent leur « honte » et parlent de «prostitution».

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 Quant à imaginer l’État augmentant sa dotation… La tendance serait plutôt inverse.

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Finalement, la crise sanitaire pose aux musées une bonne question : à quoi servent-ils ? « Celui qui n’a pas de réponse va disparaître. Car même les musées peuvent mourir. Ce sera le cas pour beaucoup d’entre eux aux États-Unis ».

Jean-Luc Martinez, lui, veut faire du Louvre «un musée de civilisation pour l’éducation citoyenne». Et cela nécessite de faire la lumière sur la provenance des œuvres. « Ce problème est fondamental. Si les musées européens veulent avoir un avenir, ils doivent y répondre. »

 Pourquoi trouve-t-on au Louvre des antiquités égyptiennes, libanaises, syriennes ? Comment ont-elles été acquises ? Désormais, chaque objet le mentionnera. L’information sur les œuvres a d’ailleurs déjà beaucoup progressé dans le musée.  […]


Xavier de Jarcy. Télérama. Titre original : « Même les musées peuvent mourir ».

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