Nous sommes de moins en moins…

… à nous souvenir de cette affreuse condamnation a cette hystérie américaine « le maccarthysme » déclenchant un combat universel contre la sentence… J’avais 10 ans et m’en souvient encore !

En mémoire des époux Rosenberg et pour que de tels jugements partiaux n’existent plus (on peut toujours le rêver) et que bien conscient des dangers de certaines politiques extrémistes, tout soit fait pour l’éviter. MC

Le meurtre d’État d’Ethel et Julius Rosenberg

Leur procès politique allait se conclure par leur condamnation à périr sur la chaise électrique. Il y a soixante-dix ans, le 5 avril 1951, le verdict du jury d’un tribunal sous influence tombait sur Ethel et Julius Rosenberg. 

Après une délibération grossièrement truquée, selon les analyses de nombre de juristes, menée par un juge aux mains de la CIA, les deux militants communistes de 36 et 33 ans étaient déclarés coupables de « haute trahison contre le peuple américain » au prétexte qu’ils auraient transmis les secrets de fabrication de la bombe nucléaire américaine à l’Union soviétique. 

Deux ans plus tard, en dépit de divers recours et d’un immense mouvement de solidarité internationale, ils furent soumis au châtiment suprême, dans toute sa barbarie : plusieurs infinies minutes, selon les témoins de l’exécution, avant que les suppliciés n’expirent.

Assassinés pour l’exemple

Le crime d’État visait rien de moins que d’installer la géopolitique états-unienne de la guerre froide en décrétant la terreur contre toute critique intérieure.

Washington avait misé sur une suprématie militaire totale grâce à la bombe atomique. Des travaux pratiques avaient permis d’en mesurer l’efficacité sur l’échelle de l’immonde à travers ces dizaines de milliers de civils massacrés à Hiroshima et à Nagasaki.

Ethel et Julius étaient de ceux qui se battaient depuis des années contre le fascisme, pour la paix et la justice sociale, et ils soutenaient l’URSS, alors encore auréolée de sa révolution et de sa résistance au nazisme.

Le jeune couple figurait parmi « les rouges », dépeints comme une 5e colonne par le maccarthysme. Son principal tort aura été d’avoir lutté de toutes ses forces contre cette stratégie de domination impériale, dantesque pour l’avenir de l’humanité. Ethel et Julius devaient être assassinés pour l’exemple, pour dissuader toute velléité d’opposition à la terrible raison d’État.

Eux, dont les familles juives, originaires d’Europe centrale, avaient fui les pogroms et l’arbitraire pour se réfugier à New York, dans la ville-monde et ses promesses de liberté, furent victimes du piétinement de la démocratie et de la justice orchestré par le sénateur Joseph McCarthy et ses acolytes du FBI comme un certain Edgar Hoover, qui s’illustrera un peu plus tard contre les militants noirs des droits civiques.

Une accusation à court d’éléments

Soixante-dix ans après, la mémoire des Rosenberg demeure un énorme enjeu. Ethel et Julius ont plaidé leur innocence jusqu’au bout. Mais une chronique s’invite régulièrement dans les médias pour tenter de faire la démonstration de leur « culpabilité » ou de relativiser au moins la terreur d’État pratiquée par Washington. Elle s’appuie sur des témoignages dévoilant le militantisme du couple contre la bombe ou (et) le rôle de quelques-uns de ses proches. Comme le frère d’Ethel, David Greenglass, qui fut, durant le procès, un témoin à charge. Il avait affirmé avoir vu sa sœur taper à la machine des documents issus de la base atomique de Los Alamos. Des assertions lourdes puisque Greenglass, qui y avait lui-même travaillé, avait reconnu avoir appartenu à un réseau d’espionnage au service de l’URSS.

Aveux fabriqués et dictés par une accusation à court d’éléments réellement confondants, ou expression d’une terrible haine intrafamiliale ?

Cinquante ans plus tard, Greenglass avouera publiquement avoir menti, tout en précisant curieusement « ne rien regretter ». La figure des Rosenberg comme maîtres espions nucléaires vacillait. Elle n’avait, il est vrai, jamais été vraiment prise au sérieux par nombre d’observateurs.

Le physicien britannique d’origine allemande Klaus Fuchs ne fut-il pas reconnu, entre-temps, comme l’indiscutable « orchestrateur » des « fuites » atomiques vers l’Union soviétique ?

« Nous serons réhabilités par l’histoire »

Qu’à cela ne tienne, l’ingénieur électricien Julius Rosenberg n’avait-il pas succombé à la cause de l’ennemi communiste ? Ne fut-il pas membre de la Fédération des architectes, ingénieurs, chimistes et techniciens (FAECT) des États-Unis, qui ne cachait pas ses sympathies pour l’URSS durant les années 1930 et 1940 ? Nombre de commentaires s’acharnent jusqu’à aujourd’hui si ce n’est à justifier les bourreaux, au moins à blanchir partiellement le chef de file du « monde libre » de son bien encombrant crime d’État ?


Bruno Odent. Titre original : « États-Unis. Le meurtre d’État d’Ethel et Julius Rosenberg ».

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Repères

  • 1938 Un décret présidentiel sur le « loyalisme » des fonctionnaires aboutira à la mise en place, par le sénateur McCarthy, de la Commission des activités anti-américaines.
  • 9 février 1950 Le sénateur McCarthy présente une liste de communistes travaillant au Département d’État.
  • Juillet-août 1950 Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés pour espionnage au profit de l’URSS.
  • 19 juin 1953 Les époux Rosenberg sont exécutés sur la chaise électrique.

La terrible « tache » du maccarthysme

Entre 1950 et 1956, le maccarthysme émerge aux États-Unis en même temps que la guerre froide. Son maître d’œuvre, le sénateur républicain Joseph McCarthy, va s’employer à légitimer la chasse aux communistes et à tous ceux dont la pensée critique est suspectée de leur rendre service. En 1952, il prend la direction d’un sous-comité sénatorial d’enquête permanent qui érige la délation en instrument de gouvernance. Il pourra entretenir un délire de persécution paranoïaque collectif afin de bannir ou d’exclure des centaines de milliers de citoyens mal-pensants.

Rappelons que parmi les exclus se trouvaient entre autres, Charlie Chaplin, Joseph Losey, Orson Welles, John Berry, Jules Dassin, Berthold Brecht, Arthur Miller… !

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