De Rugy comme de nombreux écolos : “Couleur vert girouette”

Le député LR-EM de Loire-Atlantique François de Rugy a confié récemment que son passage au ministère de la Transition écologique lui avait permis de changer d’avis concernant le projet de poubelle nucléaire baptisé « Cigéo »

« Le stockage en grande profondeur, tel qu’il est préparé à Bure, est une solution sûre. J’étais même favorable, lorsque j’étais ministre, à ce qu’on le dise publiquement… Je n’ai pas été suivi » (« lepoint.fr », 13/3).

A croire que tous les écolos qui arrivent au pouvoir changent d’avis sur le sujet. Ce fut le cas de Dominique Voynet, qui, en 1999, avait signé le décret autorisant la création du laboratoire souterrain de Bure, alors qu’elle avait manifesté contre l’idée même de ce labo avant d’être ministre. Et Nicolas Hulot, qui, avant d’entrer au gouvernement, avait posé avec une pancarte « Cigéo, je dis non ! », a prétendu, quand il était au pouvoir, que l’enfouissement était finalement « la moins mauvaise solution »…

Ainsi va l’avis selon le vent…

On pourrait également citer le cas de l’actuelle secrétaire d’Etat à la Biodiversité, Bérangère Abba, qui, avant d’être élue députée LR-EM, en 2017, était adhérente de la Coordination nationale des collectifs contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) et est devenue, en 2019, administratrice de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), chargée de mener à bien le projet Cigéo !

En revanche, les principaux concernés changent d’avis dans l’autre sens. C’est le cas de la commune de Bure, qui, en 1997, avait voté pour le labo, et qui vient d’émettre un avis négatif sur la demande faite par l’Andra d’une déclaration d’utilité publique (DUP).

Alors que le maire de Bure, Gérard Antoine, déclare partout qu’il s’est « fait rouler dans la farine », le conseil municipal a voté contre à l’unanimité lors de sa séance du 10 mars. « Aucune étude sérieuse ne démontre clairement l’absence de risques sanitaires sur la population », peut-on lire dans la délibération.

Les élus locaux s’interrogent aussi sur le protocole de sécurité, les relations entre les forces de l’ordre et les habitants, les risques que représente le rejet des eaux de Cigéo, l’appropriation des routes et des chemins « sans concertation ni avis », les nuisances sonores et visuelles, le trafic routier, les retombées fiscales pour la commune, le devenir de l’association de chasse, des cultures et des agriculteurs…

Et de conclure : « Le conseil municipal sait que des réponses à toutes ces questions lui seront fournies mais qu’elles ne suffiront pas à rassurer la population, c’est pourquoi il maintiendra cet avis négatif. De plus, il est persuadé que le village de Bure mourra écrasé par le rouleau compresseur qu’est l’Andra. » Ambiance…

Bure n’est pas la seule commune du secteur à avoir émis un avis négatif. C’est le cas aussi de Mandres-en-Barrois, son voisin. Et d’autres communes ont voté pour, mais en posant certaines conditions.

Les renoncements successifs de ministres et l’arrosage financier du territoire depuis un quart de siècle ne seraient donc pas assez convaincants ?


Article signé des initiales J. C.– Le Canard Enchainé- 31/03/22021