Dans la maison « Poulaga »

Pour grimper les échelons dans la police, mieux vaut être syndiqué.

Le ministère de l’Intérieur s’agite sur le front sanitaire, mais il a aussi à calmer une réaction virale du poulailler. On ne compte plus les policiers énervés par les petits arrangements entre administration et syndicats dans les avancements. Des ententes « irrationnelles d’un point de vue opérationnel, illégales sur le plan juridique et choquantes sur le plan humain et social », déplorait déjà le patron de la police dans une note en 2015. Une bavure, chef ?

En tout cas, les poulets qui s’estiment lésés dans leur avancement par les mutations au piston n’hésitent désormais plus à saisir les tribunaux administratifs. « Le nombre de plaintes s’est envolé », explique l’avocat Jean-Yves Trennec, qui défend actuellement les intérêts de pas moins d’une dizaine de flics plaignants s’estimant floués parce qu’un pistonné syndicaliste leur est passé devant.

« La plupart des délégués syndicaux ont des carrières deux fois plus rapides que les autres », s’agace un flic non encarté. Dernière promotion express qui a fait grogner : une cadre du SCSI, le principal syndicat d’officiers de police, est passée commandante six ans après avoir été nommée capitaine, alors qu’il faut normalement patienter près de dix ans…

La Direction des ressources et des compétences de la police nationale a refusé d’indiquer au « Canard » le nombre de plaintes déposées et de recours gagnés. Malvenu au moment où Darmanin promet, à l’issue du Beauvau de la sécurité, l’avènement d’« une police moderne et transparente ». Mais une police dont il ne faut pas non plus trop contrarier les syndicats.

Dans son rapport de 2019, le médiateur de la maison poulaga soulignait la nécessité d’en finir avec ce système clientéliste, mentionnant de fréquentes « interventions de l’administration sur des fondements contestables ». Il dénonçait aussi l’« absence d’un processus transparent » et le « risque élevé d’une multiplication des recours ».

La loi de transformation de la fonction publique, votée en 2019, aurait dû assainir les pratiques. Depuis l’an dernier, les commissions administratives paritaires, haut lieu de marchandage entre l’administration et les syndicats de flics, ne s’occupent plus des avancements ni des mutations. Sauf que les marchandages pour « la gamelle et le bidon », comme disent les flics, ont toujours cours. « Tout se passe désormais en amont, avec, comme toujours, une répartition par syndicat des postes et des grades [présentés aux commissions] au prorata de leurs scores aux élections professionnelles, explique un brigadier-chef de la sécurité publique. Le système est encore plus opaque. »

Pour le changement, ce sera quand les poulets auront des dents ?


Article signé des initiales D. H. et C. L.– Le Canard Enchainé – 31/03/2021