Et si nous censurions la connerie

Appel à la censure, nouvel épisode

Vous connaissez Niala ?

C’est l’héroïne d’une BD sortie en librairies le 10 mars. Sa seule existence a déchaîné les passions, une pétition réclamant la suspension de l’ouvrage a circulé, rassemblant des milliers de signatures (« Le Monde », 11/3).

Qu’a fait la malheureuse Niala pour se retrouver au coeur d’une si violente polémique ?

Pas grand-chose, à vrai dire, à part être elle-même, c’est-à-dire un pendant féminin et noir de Tarzan, roulée comme une reine, libérée, et même, mais oui, un rien dévergondée.

Dans la jungle, Niala séduit et initie au plaisir tous ceux qui croisent sa route. Des religieuses, un explorateur, un photographe corseté, un prêtre ignorant son homosexualité se laissent séduire et s’en portent bien.

Il n’en fallait pas plus pour que des défenseurs de la vertu, forcément antiracistes, s’offusquent. La BD, publiée par Glénat, reprendrait « les principes des bandes dessinées racistes des années 1950 », et Niala ne serait qu’un « objet sexuel ». Vilaine fille.

Une doctorante, interrogée par « Le Monde », accuse la BD du scénariste Jean-Christophe Deveney et du dessinateur Christian Rossi d’« animaliser les Noirs ».

Glénat, maison d’édition peu suspecte du moindre racisme, reste droit dans ses bottes : « Demander à brûler des livres qui ne paraissent pas politiquement corrects aux yeux de certains (et qui n’ont pas encore été lus par ces mêmes personnes) est hallucinant », a répondu son directeur général, Jean Paciulli. Bien envoyé.

Fort heureusement, « Livres Hebdo » nous apprend que la fameuse polémique n’a eu aucun impact négatif sur les ventes. Niala a donc toujours la grosse patate.


Article signé des initiales A.-S. M. – Le Canard Enchainé – 31/03/2021