Portrait sans concession de la Maire de Strasbourg.

Se peindre en vert pour les élections n’est pas une garantie pour un programme social, d’autant lorsqu’il faut composer le conseil municipal.

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Rapport à l’écologie, Jeanne Barseghian fait dans le classique : pistes cyclables, végétalisation du centre-ville, limitation du diesel. Rien de très nouveau dans une ville convertie de longue date à la défense de l’environnement. Ah ! si : à peine élue, elle a déclaré solennellement l’ « urgence climatique » dans sa ville.

La voilà prise dans la tourmente, depuis le vote d’une subvention de 2,5 millions d’euros à la mosquée Eyyub Sultan, contrôlée par Millî Gôrüs, une organisation islamique rigoriste inféodée à Erdogan.

Darmanin s’est emparé de l’affaire, ravi de faire un coup politique et de se payer une maire écolo.

La mauvaise foi de l’État, qui connaît parfaitement l’existence de cette organisation et l’a laissée gérer plus de 70 mosquées sans jamais parler de la dissoudre, fait concurrence à celle de la municipalité de Strasbourg, qui accumule les mensonges.

  • A-t-elle, comme elle le prétend, conditionné le versement effectif des 2,5 millions au respect par Millî Görüs des principes républicains ? Non.
  • N’a-t-elle, comme elle le prétend, jamais été mise en garde par les services de l’État ? Non.

Exaspérée par les affirmations de Jeanne Barseghian, la préfète du Bas-Rhin a publié une mise au point assez sèche, en fin de semaine, rappelant qu’elle avait averti la maire « personnellement, et à plusieurs reprises ».

Le soutien de Jeanne Barseghian à Millî Görüs est d’autant plus étonnant que la maire se dit féministe et que l’organisation a ouvertement milité contre la convention d’Istanbul, un texte condamnant les violences faites aux femmes.

La polémique prend d’autant plus d’ampleur qu’elle intervient après plusieurs décisions assez curieuses des nouveaux élus strasbourgeois, comme le refus de voter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Une définition qui n’a pourtant rien d’exceptionnel, puisque des municipalités de sensibilités aussi différentes que Paris ou Nice l’ont votée sans la moindre difficulté.

La nouvelle majorité municipale a également refusé d’inscrire dans sa charte de fonctionnement le mot « laïcité ».

Opposition muselée

Explication d’Hulliya Turan, adjointe : il s’agit là d’une « zemmourisation » des esprits… La mairie s’est aussi illustrée par son refus du label « capitale européenne de la démocratie », attribué par le très consensuel Innovation in Politics Institute, avec à la clé 10 millions d’euros.

Explication : « On ne connaît pas l’origine des fonds. » « Du grand n’importe quoi, cet institut est reconnu par le Conseil de l’Europe », s’agace Anne-Pernelle Richardot, conseillère municipale socialiste. Olivier Becht, député Agir du Haut-Rhin, y voit « une idéologie de repli sur le local ».

Attaquée de toutes parts, la municipalité peut choisir de clore le débat. Comme le 28 septembre dernier, quand elle avait décidé d’annuler purement et simplement le conseil municipal du 12 octobre pour le repousser au 16 novembre.

La raison ? L’absence de maîtrise des dossiers. « Vu le contexte politique actuel, vu la tonalité des derniers conseils municipaux, si on n’a pas de délibération politique, je ne vois pas l’intérêt de donner une tribune supplémentaire à notre opposition », avait déclaré la maire à ses troupes, avant de lancer : « On peut aussi mettre ça sur le dos du contexte sanitaire ». Les « nouvelles pratiques démocratiques » attendront un peu.


Anne-Sophie Mercier – Source (extrait) Le Canard Enchainé – 31/03/2021