Ne pas renoncer certes, mais voir le bout du tunnel…

Révisions sur Zoom quatorze heures par jour, QCM infaisables… Élisa […] était inscrite à la faculté de médecine de Toulouse. La multiplication des obstacles a eu raison de sa détermination. Et à la veille des concours, elle a finalement jeté l’éponge.

« J’ai raté mon semestre en Pass, je pourrais passer en LAS, mais il y a encore moins de places. » Élisa Dega, 18 ans, est étudiante en médecine à la fac de Toulouse. Vous n’avez rien compris à ses rimes ?

Normal. 2020 n’a pas été qu’une année de pandémie, elle fut aussi celle de la mise en place de la réforme de la première année de médecine, au mois de septembre dernier. Impossibilité de redoubler, fin du numerus clausus, concentration du programme annuel sur trois mois… Ces changements sont complexes, jargonneux, harassants.

Pourtant, ils n’empêchent pas Élisa d’en expliquer les contours avec clarté, de sa voix paisible teintée d’accent du Sud-Ouest.

Deux voies s’offrent aux étudiants.

  • D’un côté, le parcours accès santé spécifique (Pass), licence généraliste.
  • De l’autre, la licence à option santé (LAS), nouveauté ouverte aux élèves moins scientifiques.

Environ 70 % des places en deuxième année sont attribuées aux Pass, et 30 % aux LAS. Élisa, titulaire d’un bac S et inscrite en Pass, souhaitait devenir sage-femme, mais ses résultats du premier semestre en ont décidé autrement. « Je devais avoir 10 de moyenne générale et au moins 8 dans toutes les matières. Je n’en ai validé qu’une seule. »

Sans emphase, elle narre ses révisions sur Zoom de 8 heures du matin jusqu’après minuit, les deux jours de concours rythmés par des QCM fous et les pauses déjeuner seule face à sa copie.

Avec l’interdiction de redoubler, comment valider cette première année, érigée en étape initiatique depuis le film de Thomas Lilti ?

La réforme propose aux étudiants de Pass qui ont raté le concours de se réorienter en LAS pour le repasser. Une trajectoire sans espoir pour Élisa : elle a appris en cours d’année que seuls six Pass et trois LAS (sur mille deux cents étudiants) seraient acceptés en maïeutique.

Elle s’est donc inscrite sur la plateforme Parcoursup comme candidate aux instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi). Ces établissements lui permettraient d’intégrer, au bout de trois ans, la deuxième année de médecine comme future sage-femme.

Depuis la maison familiale de Montberon, petite commune située au nord de Toulouse, l’étudiante continue de suivre les cours de Pass. «Beaucoup de leurs contenus ont un lien avec ceux dispensés dans les écoles d’infirmière», affirme-t-elle, combative.

Élisa ne se plaint pas. Mieux, elle salue les cours à distance, qui lui épargnent les deux heures de trajet quotidien entre la fac et son village. Mais les raisons de s’insurger existent.

Les résultats du concours, passé les 9 et 10 décembre, sont tombés fin février. Une éternité pour les étudiants. « L’administration communique mal sur les chiffres. Nous avons su tardivement le nombre de places attribuées, et cela nous a empêchés de nous réorienter directement au second semestre. »

En plus de son fonctionnement opaque, la fac de Toulouse est l’une des seules en France à adopter le système des points négatifs sur les QCM : « À notre échelle, ça ne pose pas de problème. En revanche, sur Parcoursup, où tout le monde n’a pas été soumis au même système de notation, on craint d’être désavantagés. »

Pour en avoir le coeur net, le 25 février, la jeune femme a envoyé un mail tout en diplomatie à la fac. Pas de réponse.

Le concours du second semestre ? Elle a hésité à y aller jusqu’au dernier moment « par peur que Parcoursup prenne en compte [son] absence », avant de renoncer. Que lui réserve l’année prochaine ? En plus des écoles d’infirmières, la jeune femme a postulé pour des formations paramédicales : psychomotricité, orthoptie, audioprothèse.


Julie Lassale – Télérama – Titre original : « Décrocher sans renoncer”. N° 3716