Covid – Pour causer, ça cause…

Les médias et les studios ne désemplissent pas, dégueulant d’experts en tous polis et de toutes odeurs, donnant des monceaux d’avis, le plus souvent contradictoire, mais faut remplir les têtes (hélas trop vides) de la population avec le leitmotiv : le gouvernement fait ce qu’il faut… !!!

À longueur de semaine, les invités des chaînes d’info rivalisent de bavardages pour commenter la crise sanitaire qui dure depuis plus d’un an. La crise du Covid, c’est aussi un peu la crise des médias. Les chaînes d’information en continu sont contraintes de remplir leurs plateaux avec des troupeaux de commentateurs qui radotent les mêmes analyses depuis des mois.

La crise du Covid, c’est aussi la crise des neurones. Dès le matin, notre cerveau, comme le foie d’un ivrogne, est inondé par un flot ininterrompu de débats sur la pandémie, puis, imbibé par ces litres de paroles, il finit la journée complètement ivre, incapable de réfléchir à d’autres sujets.

Il y a bien la Birmanie, soumise à une sanglante répression, pour nous faire oublier que mémé et pépé sont à l’hôpital dans une chambre interdite à leur famille. Il y a bien Joe Biden, qui traite Poutine de tueur, pour distraire nos fringants millennials qui dépriment de passer leurs journées devant leur ordinateur en télétravail ou en télébranlette. Il y a bien le rover Perseverance, envoyé sur Mars pour y trouver des traces de vie, alors que deux semaines après, on ne se souvient déjà plus de lui. Si demain les Japonais attaquaient Pearl Harbor, les chaînes d’info en parleraient deux jours, et le troisième, les débats sur le Covid-19 recommenceraient de plus belle.

Le monde est blasé du Covid, car le monde est blasé de tout. Sauf l’ambassadeur de Chine en France. La semaine dernière, il s’est énervé contre un chercheur français (1),le traitant de «petite frappe». L’incident mérite d’être signalé, car il n’est pas fréquent qu’un ambassadeur use d’un tel vocabulaire à l’encontre d’une personnalité du pays où il est en poste.

La Chine s’énerve. Elle s’énerve à propos de Taïwan ; de la Birmanie où elle soutient les généraux félons; de l’Afrique où elle achète des millions de kilomètres carrés de terres agricoles; des Grecs qui commencent à se plaindre de la société chinoise Cosco Shipping, propriétaire du port du Pirée depuis 2016. Plus la Chine s’irrite, et plus le monde s’échauffe.

Comme les États-Unis qui, lors d’un sommet sino-américain en Alaska la semaine dernière, ont dit à leurs interlocuteurs chinois tout le mal qu’ils pensaient de la politique de leur pays. « Nous sommes dans une situation où les valeurs et la vision du monde à venir sont aux antipodes », a déclaré Elizabeth Economy, chercheuse à [‘université Stanford. La Chine a voté cette année un budget militaire en hausse de 6,8%, pendant que, plus modestement, l’armée française réalisait son premier exercice militaire dans l’espace pour protéger ses satellites. Tous ces petits événements mis bout à bout ne sont-ils pas les frémissements d’un futur cataclysme entre la Chine et le reste du monde?

On avait fini par oublier ce qu’était une pandémie. On a aussi oublié ce qu’était une guerre. Et, surtout, comment naissent les guerres. Fin 2019, les chaînes d’information annonçaient avec le sourire qu’une obscure épidémie en Chine, du côté de Wuhan, était en cours.

Les autorités étaient rassurantes, et personne ne pensait sérieusement qu’un an après nous serions tous affublés de masques et devenus à moitié paranos, nous lavant les mains 78 fois par jour.

Les soldats français qui sont partis la fleur au fusil en 1914 pour casser la gueule aux Boches n’imaginaient pas non plus qu’un an après ils pataugeraient dans la boue des tranchées et y resteraient pendant encore trois ans.

Toutes les catastrophes débutent par des signes dont on ne comprend la signification que beaucoup plus tard, quand tout s’est emballé, quand tout est devenu irréversible. Est-ce encore de Chine qu’arriveront les prochaines catastrophes contre lesquelles aucun masque ou gel hydroalcoolique n’aura d’effet? C’est exactement ce que pense James Stavridis, ancien commandant suprême de l’Otan en Europe, qui avoue avoir « peur que les États-Unis et la Chine n’entrent en guerre sans s’en rendre compte, à la manière des puissances européennes en 1914 (2)».

Finalement, ce troisième confinement, dont tous les invités sur les plateaux des chaînes info nous disent qu’il est le moins contrai­gnant, est peut-être le plus flippant. Ce sera peut-être le dernier.


Édito de RISS – Charlie Hebdo – 24/03/2021


  1. Antoine Bondaz.
  2. L’Express (15 mars 2021).