Solveig Minéo

Solveig Mineo était au départ dans un même groupe Facebook que certaines militantes de Némésis. Maintenant, elles sont à couteaux tirés.

Mineo les qualifie de « conservatrices chrétiennes », ce qui, pour elle, bien qu’étant à l’extrême droite, est une insulte. Car la particularité de Solveig Mineo, c’est qu’elle fait partie de ce courant moins connu mais qui a toujours été présent à l’extrême droite, le néopaganisme. Elle dénonce ainsi «1500 ans de domination chrétienne ».

Quand on lui demande qui elle pourrait soutenir politiquement : « Je souhaite la destruction intégrale du RN, de LR et de tous les partis conservateurs de France et d’Occident, qui se font passer pour la droite, mais qui ne sont que des lobbies chrétiens régressistes. » Carrément.

Elle se présente comme «féministe occidentaliste » et vient d’ailleurs de créer, avec Yann Meridex, un ancien militaire, un « Parti occidentaliste » dont le manifeste est édifiant.

L’occidentalisme ?

« C’est l’acceptation de la supériorité de la civilisation occidentale et de ses valeurs », peut-on y lire. Parmi les propositions délirantes du manifeste : « Pour un racisme humaniste », ou encore la critique du nazisme, dont l’erreur aurait été… de s’en prendre à d’autres Blancs.

Pour Stéphane François, qui étudie les droites radicales, Mineo se situe dans un courant de nationalisme blanc, qui considère qu’il ne faut aucun mélange ethnique.

Jean-Yves Camus, notre spécialiste de l’extrême droite, la qualifie de « suprémaciste ». Et elle pourrait même être, nous dit-on, « fichée S ». « On parle beaucoup de l’influence des théories américaines à gauche, mais on oublie qu’il y a aussi une influence des suprémacistes américains sur les mouvements d’extrême droite », déplore Stéphane Nivet, délégué général de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Liera).

Mineo, elle, se définit comme « féministe blanche ». Tandis que certaines intersectionnelles s’évertuent à considérer le MLF comme un féminisme de Blanches, en voilà une qui le revendique. « Le féminisme est l’étape supérieure de civilisation. […] La civilisation consiste à mettre la masculinité au service du peuple, à récompenser l’homme viril autodomestiqué et à empêcher que l’homme violent ou destructeur ne se reproduise », dixit le manifeste.

Le seul engagement politique qu’on lui connaisse est aux côtés de Renaud Camus, pour les élections européennes de 2019. C’était « l’unique liste ouvertement engagée contre le Grand Remplacement », expliquait-elle sur Twitter.

Mais voilà qu’elle aurait été virée de la liste pour… « antichristianisme ». Elle se targue d’être « la seule féministe » à avoir soutenu Mila. Quand la jeune femme a été du jour au lendemain victime d’innombrables menaces de mort sur les réseaux sociaux, que toute une partie de la gauche l’a laissée seule, Mineo s’est empressée de recueillir son témoignage. Mila, qui ne la connaissait pas, perdue parmi les demandes incessantes des médias, lui a donc accordé sa première interview.

Solveig Mineo a une influence relativement limitée, mais elle fait partie de ces « autoentrepreneurs » de l’extrême droite sur les réseaux sociaux. Son compte Twitter affiche près de 13 000 followers. Et il ne faudrait pas la sous-estimer.

La trentaine, née de parents profs, Mineo a poursuivi des études littéraires et a travaillé dans l’édition. Maintenant, elle se présente, non sans une certaine mégalomanie, comme une « théoricienne politique ». « Je suis la seule femme au monde à bâtir un féminisme de droite anti-islam et anti-immigration », nous dit-elle.

Les nombreux textes qu’elle produit sont d’autant plus dangereux qu’ils peuvent paraître intellectuellement séduisants, tant ils sont remplis de concepts philosophiques et historiques, et brouillent les pistes.

Solveig Mineo a lancé en 2016 1e site Bellica, présenté comme une « sororité féministe ». Elle revendique en partie les mêmes idées que celles du féminisme « classique », comme la liberté à disposer de son corps. « Nous soutenons les militant(e) s du droit à disposer librement de son propre corps le mouvement de la naissance respectée, les mouvements de défense du droit à la contraception et à l’avortement, la PMA pour toutes, les luttes contre les mutilations génitales (excision féminine, mais aussi circoncision masculine forcée et mutilations forcées des enfants intersexes). »

Le déclencheur de son engagement, qui vaut pour elle comme pour Némésis, c’est le débat sur le harcèlement de rue en 2010. « C’est là que j’ai compris que la dépendance organisationnelle du féminisme à l’égard de la gauche était le nœud du problème », explique-t-elle. Entre certains, à gauche, qui à l’époque refusaient que le harcèlement de rue soit condamné au motif que c’était raciste, et Mineo, qui n’y voit qu’un problème de migrants, c’est toujours l’angle identitaire qui gagne.

Solveig Mineo pourrait bientôt être poursuivie en justice pour ses propos xénophobes.

La Liera a en effet procédé à un signalement pour une vidéo datant du 4 juin 2019, intitulée « 15 raisons féministes de refuser les migrants », dans laquelle elle disait notamment : « Plus de migrants, c’est plus de pauvres, donc plus d’insécurité, donc plus de femmes occidentales menacées physiquement. »

Ce ne sont pas les seuls propos de Mineo qui pourraient tomber sous le coup de la loi, loin de là. Stéphane Nivet, de la Liera, se désole : « Tout le monde ne scrute pas les mots de Solveig Mineo comme sont scrutés ceux d’Annie Cordy et de son Cho Ka Ka O. »


Laure Daussy- Charlie Hebdo – 24/03/2021