Récupération du féministe par l’extrême droite.

Des groupes de femmes à l’extrême droite, il y en a toujours eu.

« Elles étaient censées incarner le rapport avec la nature, la transmission de la tradition », résume l’historien Stéphane François, spécialiste des droites radicales.

Il y a eu les

  • Caryatides, branche de l’Œuvre française, créées en 2013, à Lyon ;
  • les Antigones, « anti-Femen » surtout actives contre le mariage pour tous;
  • les Brigandes, en 2015, groupuscule sectaire ;
  • En 2010, Génération identitaire lançait le blog « Belle et rebelle », prémices de la féminisation de la droite radicale, dont l’objectif était de soutenir les valeurs familiales.

Le mot « féminisme » avait déjà été récupéré par un commando « pro-vie » en 1996, rappelle l’essayiste Fiammetta Venner. Mais peu d’entre elles revendiquaient ce terme, plutôt repoussoir dans cette orientation politique.

« Le féminisme, c’est la contestation d’un ordre patriarcal que l’extrême droite n’a jamais remis en cause », rappelle l’historienne spécialiste de l’histoire des femmes Michelle Perrot.

« D’une certaine manière, ça souligne l’importance du féminisme aujourd’hui, plus fort qu’il n’a jamais été. Alors, quand on est dans une stratégie de conquête du pouvoir, c’est une opportunité de l’utiliser ».

D’ailleurs, même à Génération identitaire, où il y a une majorité d’hommes, c’est une femme porte-parole qui est mise en avant : Thaïs d’Escufon. L’historienne ajoute : « Il faut toujours se rappeler que les femmes ne sont pas automatiquement à gauche. La féminité n’est pas un équivalent de la démocratie. Ce sont des constructions. Même quand on est féministe, il faut choisir son camp ». Que penser de cette « réappropriation »? « On ne peut pas s’en réjouir, poursuit Michelle Perrot. Qu’il soit récupéré par l’extrême droite, c’est choquant. Le féminisme ne peut pas s’allier au racisme. C’est contre nature ».


Laure Daussy- Charlie Hebdo – 24/03/2021