Pandémie et chômage

Voilà un cocktail détonnant ou pour les annonces façons com‘ du gouvernement, c’est un pas en avant trois pas en arrière… Bien fini le « quoi qu’il en coute », maintenant passez à la caisse…

Droits au chômage non prolongés entre deux confinements, primes données d’une main, puis réclamées de l’autre, contrôles de la recherche d’emploi quand il se fait rare… […]

Depuis le 31 octobre 2020, les allocations des chômeurs en fin de droit sont automatiquement prolongées. La mesure pourrait durer jusqu’à fin juin, selon une ordonnance du 10 février 2021. Le gouvernement se réserve toutefois la possibilité d’interrompre, par arrêté, cette aide exceptionnelle, si la situation sanitaire est jugée plus favorable. À l’inverse, elle pourra être prolongée au-delà du 30 juin 2021.

Au début de la pandémie, en mars 2020, l’exécutif avait déjà appliqué cette mesure. Et s’était empressé d’y mettre un terme dès le déconfinement. Les droits avaient été prolongés jusqu’au 31 mai 2020 seulement. Près de 400 000 demandeurs d’emploi en avaient bénéficié, pour un coût d’environ 800 millions d’euros, selon le ministère du travail.

Depuis fin octobre 2020, 530 000 demandeurs d’emploi sont concernés par le nouveau maintien des droits. Coût estimé jusqu’à fin mars : 1,5 milliard d’euros.

Quatre mois trop tard. Un mois trop tôt. Nicolas, 43 ans, est arrivé en fin de droit au plus mauvais moment. À quelques semaines près, ses allocations-chômage auraient été maintenues. Dessinateur en bâtiment, le quadragénaire a épuisé ses droits en septembre. Et n’a pas pu bénéficier des mesures d’urgence, prises par le gouvernement au premier puis au second confinement.

Aujourd’hui, il n’a aucune ressource. Il ne peut prétendre ni à l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ni au RSA parce que sa compagne gagne 1 800 euros par mois. « Nous avons deux enfants. Un seul salaire. Depuis que je n’ai plus de droit, on a réduit la voilure qui n’était déjà pas très haute », murmure Nicolas. 

Nicolas, lui, s’est retrouvé coincé entre ces deux périodes.  […] Habitué aux missions d’intérim, Nicolas, qui vit en Haute-Garonne, a le sentiment d’accumuler les déconvenues. La malchance. Le mauvais timing. « J’avais trouvé un contrat d’intérim en février 2020, juste avant la crise. Il aurait pu aboutir à un CDI. Le 17 mars, tout était fini. »

Depuis, il n’a pas du tout travaillé. « Il n’y a pas eu de reprise dans le secteur du bâtiment durant l’été. Surtout ici, où l’on souffre d’une concurrence espagnole terrible. Et puis, l’automne et le reconfinement sont vite arrivés. Je n’avais jamais connu de période de chômage aussi longue. »

Pour ne rien arranger, Nicolas a subi un contrôle de Pôle emploi « particulièrement humiliant » en fin d’année 2020. « J’ai fourni toutes les preuves de ma recherche d’emploi. Mais le contrôleur a mis en doute la véracité de mes candidatures. Il réclamait des captures d’écran de mes échanges avec les employeurs. Il a menacé de me radier, alors que Pôle emploi ne me versait plus un centime ! C’était violent. Heureusement, ma conseillère est intervenue. Elle me connaît bien, elle sait que je cherchais du boulot. »

Mais du boulot, y en a-t-il ? Nicolas, qui scrute régulièrement les offres d’emploi, constate un assèchement très net du marché. « Je dirais qu’il y a deux fois moins d’offres qu’en 2019. » Un sentiment confirmé par les chiffres de la Dares, l’institut statistique du ministère du travail. Le volume d’offres collectées par Pôle emploi s’est effondré en Haute-Garonne. Une baisse de 43 % en janvier 2021 par rapport à l’année précédente. Elle est deux fois plus forte que la moyenne nationale (–20 %).

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Cécile Hautefeuille – Médiapart – Titre original : « Reconfinement: l’horizon s’obscurcit encore pour les chômeurs ». Source (Extrait)