Il est jazzman de rythme, humaniste dans ses textes et son cœur

Il est hors du temps, des modes, mais quel talent

La Maison de Retraite

J’ai retrouvé ta lettre où tu disais peut-être
Un jour on sera trop vieux
Pour s’écrire des poèmes
Pour se dire que l’on s’aime
Se regarder dans les yeux

Tu parlais de naufrage,
D’un corps qui n’a plus d’âge
Et qui s’en va doucement
De la peur de vieillir et d’avoir à subir
L’impertinence du temps

De n’plus pouvoir s’aimer si la mémoire s’en va
Et qu’on n’se reconnaît plus
Et perdre me disais-tu le plaisir de me plaire
L’envie de me séduire

Peur de la dépendance
Et de finir sa vie dans une maison de retraite
De la fin qui commence
De l’esprit qui divague
Peur de ne plus pouvoir un jour
Rire à mes blagues

Mais tout ça c’est des bêtises est-ce que tu réalises
On sera jamais trop vieux
Pour s’écrire des poèmes, pour se dire que I’on s’aime
Se regarder dans les yeux

Et je veillerai sur toi et tu veilleras sur moi
Ce sera jamais fini
On se dira mon amour jusqu’à la fin des jours
Et le jour et la nuit
Et le jour et la nuit

Et leur maison de retraite ça j’te jure sur ma tête
Nous on ira jamais
On dormira dehors, on regardera les étoiles
On vivra libres et dignes !

On s’tiendra par la main comme à nos 18 ans
Qu’on marchait tous les deux sur des sentiers perdus
Au début du printemps

Et on pourra toujours raconter des bêtises
Et dire n’importe quoi
On vivra libres et dignes !

Et si l’on doit partir un jour après le dernier mot
Du tout dernier poème
On partira ensemble
Tu comprends…

On sera jamais trop vieux
Pour se dire que l’on s’aime
Se regarder dans les yeux

On sera jamais trop vieux
Pour se dire que l’on s’aime
Se regarder dans les yeux


Michel Jonasz