Un avis perso

Il émane du Blog Hélène Romano – Titre : « Nouvelle loi sur le consentement ou de l’art du divertissement manipulatoire » Lu dans le blog générale de Médiapart. Source (apparemment lecture libre)

Comme tous les avis donnés « à titre personnel », il n’engage que leur auteur. Le fait de « rebloquer » cet avis n’implique absolument pas directement voir indirectement l’attitude ou pensée de l’administrateur. Juste un avis afin de se faire une idée, parmi d’autres. MC

Jeudi 25 mars 2021, le Sénat examine en seconde lecture la proposition de loi modifiée par l’Assemblée nationale visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste.

Derrière cet arbre d’apparentes bonnes intentions se cache une forêt de ronces pour les victimes.

La proposition de loi fixant un seuil de non-consentement à 15 ans peut en effet être considérée comme une formidable avancée pour protéger les mineurs des crimes sexuels. Si l’on passe sur le fait que personne ne semble s’émouvoir qu’il ait fallu attendre 2021 dans le pays des droits de l’homme pour qu’une telle loi soit votée, nous ne pouvons que considérer comme positif une telle loi. Sauf que derrière le texte initial de cette proposition de loi, les amendements se multiplient et au final vont conduire à la rendre inapplicable en tant que telle. Autrement dit derrière la belle vitrine et la campagne médiatique autour de cette proposition de loi, s’organise de façon imperceptible ce qui va inévitablement l’invalider.

La loi fixe en effet un âge de non-consentement à un acte sexuel avec un majeur à 15 ans de façon générale et 18 ans pour les cas d’inceste. Un délit de sextorsion est aussi créé pour sanctionner les prédateurs sexuels qui usent notamment des réseaux sociaux et sollicitent des photos ou des vidéos à caractère pornographique d’un mineur de moins de 15 ans. Enfin une prescription dite « glissante » est instaurée qui permettra lorsque plusieurs victimes dénoncent le même auteur d’être partie civile même si pour certaines les faits sont prescrits (actuellement dans ce type d’affaires, si pour certaines victimes d’un même auteur les faits sont prescrits, elles ne peuvent pas être partie-civile, mais juste témoins).

De belles avancées en apparence et sur le papier glacé des flyers de communication ministérielle. Mais qu’en est-il en réalité ? Que va-t-il rester de cette loi une fois tous les amendements votés ? Rien ou plutôt si, une coquille législative vide avec la légitimation de certaines agressions sexuelles en particulier entre mineurs puisque grâce à la clause « Roméo et Juliette » âprement défendue par le Garde de Sceaux, plus aucun(e) mineur(e) victime d’un autre mineur ne pourra faire valoir une agression sexuelle ou un viol. En brandissant telle une vierge effarouchée et avec le talent oratoire qui en a fait une diva des prétoires, le respect des « amours adolescents » le Garde des Sceaux, qui a habilement reçu les associations de protection de l’enfance pour mieux les réduire au silence et se légitimer, offre aux agresseurs sexuels mineurs un blanc-seing à agresser.

« En aucun cas notre but est de s’ériger en censeurs de la vie sexuelle de nos adolescents » explique-t-il dans les médias. Certes, qui pourrait le contredire ? Le Garde des Sceaux omet de nous préciser comment compte-t-il protéger tous ces enfants et adolescents agressés par d’autres jeunes ?

Car les violences sexuelles entre mineurs sont une réalité, totalement déniée de notre société qui préfère ne pas se poser la question et fermer les yeux sur ces actes ; et cet amendement témoigne de ce déni sociétal organisé par les mêmes qui porteront au pilori les adolescents d’aujourd’hui en les stigmatisant comme une génération pornographe.

Un mineur devra prouver qu’il n’était pas consentant lorsqu’il sera agressé par un autre mineur, comment cela est-il pensable ? Il faut bien méconnaître les processus psychiques à l’œuvre dans les interactions mineurs victimes/ auteurs mineurs ou avoir un fonctionnement d’une perversité absolue pour affirmer de tels propos.

Au nom de la conception d’une morale qui leur appartient, les législateurs sont en train de voter une loi qui aurait dû protéger les mineurs, mais qui va, bien au contraire les exposer encore davantage en raison de la multitude d’amendements visant à la déposséder de son sens initial.

La population est au final leurrée, infantilisée de façon à neutraliser son sens critique, car les amendements ne sont pas expliqués au public laissé volontairement dans l’ignorance la plus totale. Après le temps de l’intérêt médiatique portée à cette loi, les projecteurs se tournent en effet vers d’autres priorités qui ne manquent pas en cette période d’incertitude.

Au final les effets d’annonce fonctionnent parfaitement bien et nous ne pouvons que constater que derrière l’apparente volonté de modifier réellement la loi, l’acceptation des amendements qui la dépossèdent de sa pertinence initiale illustre sa dimension de divertissement manipulatoire. Car passée la mise en scène histrionique du Garde des Sceaux, il est peu probable qu’il s’investira avec la même énergie pour expliquer que derrière le titre de la loi (« seuil de non-consentement à 15 ans »), le corps du texte est bien loin des promesses initiales.

Cette proposition de loi et surtout ce qui va en rester témoignent des stratégies d’instrumentalisation de la population ou de l’art d’endormir une société avec des effets d’annonce et de la manipuler avec le vote de lois en total décalage avec ce qui était prévu.

À qui profite une telle manœuvre ?

Certainement pas aux enfants ni aux victimes de violences sexuelles, mais sans aucun doute aux agresseurs et à ceux qui les protègent. Derrière une prétendue avancée de la protection de l’enfance qu’aurait pu faire espérer cette loi, force est de constater que cette « avancée » se fait au rythme du tango : un pas en avant, trois en arrière. Et en meneur de tango le ministre de la Justice excelle.