Tel est pris qui croyait prendre

Marchand de pub, quel beau métier… ou les requins bouffent les requins, je répète… les requins…

Mais, dans le prix du produit à la vente sont incorporés ces (au demeurant petits) suppléments

Un jugement rendu le 21 janvier par le tribunal de commerce de Paris explique comment la société Panasonic s’est fait refaire par la centrale d’achat Vizeum et les régies publicitaires de TF1 et M6. Il donne une idée du talent dont peut faire preuve la profession. Et montre comment le maquis des procédures, l’opacité des circuits et la difficulté à contrôler les factures l’aident à réaliser ses belles marges.

Entre 2007 et 2010, Panasonic avait acheté pour quelque 32 millions d’euros d’espaces publicitaires dans différents médias. Sur ce montant, plus de 9 millions ne correspondaient à aucune prestation.

De la fausse facture pure et simple, a, en substance, estimé le tribunal de commerce. Vizeum avait ainsi réclamé 4,4 millions indus, et les régies publicitaires de TF1 et M6, 4,8 millions. Tous ont dû rembourser Panasonic.

L’affaire aurait pu ne jamais finir devant la justice. « Il est démontré, souligne le tribunal, que les intermédiaires [publicitaires] préfèrent régulariser (…) avant les procédures de recouvrement. »

Autrement dit, tout se règle en famille. Mais, pour une fois, un grain de sable a fait dérailler la machine et a rendu l’affaire publique.

Soupçonnant que tout n’était pas d’équerre dans les factures qui lui étaient présentées, Panasonic avait mandaté Mediainspekt, un cabinet luxembourgeois spécialisé, pour y voir plus clair.

Un travail de Romain : il s’agissait d’examiner les sommes demandées par la centrale d’achat d’espaces ou les régies à l’aune du volume de pub, des supports, des horaires de diffusion, de la fréquence, des tarifs, des remises, etc.

Si ce boulot de manipulation de données informatiques n’est pas à la portée du premier annonceur venu, il est la spécialité de Mediainspekt et de ses logiciels spécialisés, moyennant 25 % des sommes indûment versées et recouvrées.

Sauf que, au moment de banquer, Panasonic a contesté sa dette envers le cabinet. Lequel a saisi le tribunal de commerce pour faire établir sa juste rémunération et, donc, officialiser le montant des sommes détournées. Sans cette contestation, l’affaire n’aurait sans doute jamais été révélée. Comme les autres de ce type ?

Ces dernières années, quelques exceptions ont été constatées. En décembre 2018, par exemple, la justice a établi que le groupe Lixir (distributeur, en France, de Rémy Cointreau et des whiskys Grant’s) s’était fait refaire, en trois ans, de 2 millions d’euros — sur des campagnes d’un montant de 20 millions : 10 % de trop facturé. En février 2018, Mediainspekt avait indiqué devant la cour d’appel du Luxembourg qu’une coopérative agricole, la Compagnie générale de conserve (marque D’Aucy), avait casqué 4 millions pour rien sur 20 millions de budget pub. Seul le surmenage des gens de la pub peut expliquer pareils dérapages…


Hervé Martin- Le canard Enchainé – Titre original : « Panasonic grugé par ses publicitaires. -17/03/2021