L’imitateur de De Funès – Jean Castête, euh Castex, se réveille pour « cogner » sur les Césars.

Les politiques ont bien reçu le message (1). Ils se sont emparés du débat autour des 46e César transformés (selon eux) en « meeting politique », dixit Roselyne Bachelot. La ministre de la Culture a répliqué vertement, mardi sur RTL au bashing dont elle a été l’objet tout au long de la cérémoniiieûû à laquelle elle assistait en coulisses (faudra m’expliquer cette info rajoutée par qui? Et pourquoi n’etait-t-elle pas dans la salle?), « navrée » par un spectacle qui a suscité « une antipathie absolument incroyable » des spectateurs.

La tribune des revendications du monde du cinéma, sur fond de concours de mauvaises blagues, a tourné au tribunal antigouvernemental, qui fait s’étrangler de rage l’exécutif.

Le happening choc façon « Femen » de Corinne Masiero (2)  […] ne passe pas. Tampons hygiéniques en guise de boucles d’oreilles, la comédienne s’est déshabillée intégralement, après avoir ôté un costume de Peau d’âne et une robe ensanglantée. Sur son ventre, l’inscription « No culture, no future », et dans le dos, « Rends l’art, Jean ».

« Ils se trompent de cible »

Interpellé par ce slogan, le Premier ministre, le sinistre de service, Jean Castex n’a pas apprécié. Mardi soir sur BFM TV, le chef du gouvernement a ironisé sur une cérémonie qu’on avait connue « de meilleure tenue ». Il a pris la défense de sa ministre de la Culture, dont les César ont été le procès : « Ils se trompent de cible. Leur ennemi, ce n’est pas le gouvernement, ce n’est pas Roselyne Bachelot, qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour les soutenir. Leur ennemi, c’est le virus ».

À droite, c’est la curée. Le député Les Républicains Éric Ciotti dénonce « une guerre idéologique » aux César, l’eurodéputée Nadine Morano une cérémonie de « la décadence », Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, y voit un « naufrage de la culture française », tout comme Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne.

À gauche, on applaudit. Fabien Roussel, le patron du Parti communiste, dit « bravo à Corinne Masiero », tout comme l’eurodéputée de la France insoumise Manon Aubry, pour qui elle a « mis la politique culturelle du gouvernement à nu ».

Enfin, le député du Vaucluse Julien Aubert et neuf autres parlementaires LR ont adressé un signalement au procureur de la République au sujet du « striptease » de Corinne Masiero, qu’ils considèrent comme constitutif d’un délit d’« exhibition sexuelle ».


Article signé des initiales N. C. – Le Dauphiné -18/03/2021


L’avis de Serge Regourd sur la culture en général, sur son « traitement » et sa situation face à la pandémie, la désinvolture de nos gouvernant…

S. Regourd : Considérer, de manière quasi explicite, que la culture ne relevait pas des activités essentielles, fermer les théâtres, les musées, les cinémas, alors que les transports et les grandes surfaces fonctionnent, apparaît, en effet, comme une conséquence logique de ce que j’observe depuis des années : la disparition de toute réelle politique culturelle au profit d’une simple reconduction-adaptation des mesures existantes.

L’absence de référentiel culturel par ceux qui nous gouvernent pouvait être simplement occultée par la richesse de l’héritage… Mais les héritages peuvent être dilapidés. […]

Les enjeux culturels sont, depuis des années, confrontés à de nouveaux défis

  • Face à la puissance des Gafa (Google, Tweeter, Facebook, Apple, Netflix, Disney, etc.) et de celle d’Internet,
  • Face à la crise sociale qui est aussi une crise identitaire inédite,
  • Face à la montée de l’obscurantisme,
  • Face au rachat massif de festivals, notamment de musique, par des multinationales…

 […]

  • Depuis quelques semaines, les théâtres sont occupés. Comment voyez-vous ce mouvement ?

S. Regourd : Tout ce qui exprime une authentique prise de conscience sur la nature politique des enjeux culturels va dans le bon sens. À cet égard, je salue aussi la remarquable intervention de Jeanne Balibar (3) lors de la cérémonie des césars ! Un modèle de lucidité politique sur l’interdépendance entre la situation actuelle et le projet de réforme du chômage.

  • Vous consacrez un long passage à la démocratisation culturelle et un autre à l’exception culturelle. Deux notions fondamentales qui semblent vidées de tout leur suc. Comment expliquez-vous ce retournement de situation ?

S. Regourd : La démocratisation culturelle a constitué le fondement même du ministère des Affaires culturelles avec A. Malraux, en 1959. Puis, les mutations de la société, la crise sociale ont abouti à un échec relatif de cette politique ambitieuse d’accès aux plus grandes œuvres par le plus grand nombre.

À défaut d’un authentique référentiel correctif ou alternatif, l’exception culturelle en a tenu lieu, mais son fondement est tout différent : elle a signifié simplement, voici plusieurs décennies, que les activités culturelles ne seraient pas abandonnées au libre-échange international. Mais cela ne définit pas en soi une politique dans l’ordre national. La preuve, durant la pandémie, est précisément qu’il n’y pas eu d’exception pour la culture. L’exception culturelle est alors devenue une simple invocation intuitive.

  • Vous êtes sévère avec nos gouvernants, mais aussi avec les artistes qui semblent s’accommoder de la situation…

S. Regourd : Je ne suis pas sévère, j’analyse comme un universitaire qui travaille sur ces questions depuis longtemps  […] au sein des états généraux de la culture.

La majorité des grands décideurs politiques ne s’intéressent plus à la culture. Celle-ci ne fait plus partie de leur environnement mental immédiat, sauf, éventuellement, sous l’angle des retombées économiques. Et je déplore, par ailleurs, que nombre d’artistes ou de responsables culturels aient de leur côté perdu une certaine lucidité politique.

 […] Quand le président, annonçant le premier confinement, oublie de citer le mot culture, cela signifie seulement que la politique culturelle n’est pas aux avant-postes de ses représentations…

  • Vous faites référence au rapport Lévy-Jouyet. Ce qu’ils préconisaient, cette privatisation de l’imaginaire, est devenu réalité…

S. Regourd : Oui, c’est exactement ça.  […]

  • « Que faire ? », […] Vous lancez plusieurs pistes, celle de « l’apprentissage brechtien » pour analyser la situation et celle de l’éducation populaire… […]

S. Regourd : Non, évidemment. Je me réfère au mot d’ordre de Gramsci : raisonner sur la base du pessimisme de l’intelligence et de l’optimisme de la volonté. Et en ce sens, ce que B. Brecht nommait l’apprentissage me paraît désormais un préalable nécessaire : sensibiliser à la culture et à la création artistique dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité. Les territoires, qu’on dit perdus, de la République, ou plus exactement les esprits perdus, doivent eux-mêmes être reconquis et le lien culturel, notamment tissé via l’éducation populaire, est à cet égard indissociable de la question sociale.

Une autre manière de redire le rapport de la culture au politique.


  1. Marina Foïs, maîtresse de Cérémonie de la soirée des 45e nuits des Césars, a donné le ton. “Comme on est en France et que le virus touche surtout les vieux, on a enfermé les jeunes et fermé les cinémas, les théâtres, les musées et interdit les concerts” dit-elle d’emblée. Un ton vif, incisif, avec des piques bien senties à l’égard de la ministre de la Culture, qui font mouche.
  2. Corinne Masiero, entrée sur scène avec un costume sanguinolent de Peau d’âne et se mettant à nu, dans une figuration de la nudité de la culture abandonné par le gouvernement. Sur sa poitrine, le slogan : “No culture, no future”. Sur son dos, l’inscription « Rend nous l’art Jean ! » s’adressait cette fois au Premier ministre Jean Castex. « Maintenant, on est comme ça, tout nus », a conclu la comédienne, défendant les intermittents, fragilisés par des mois d’inactivité en raison de la fermeture des lieux culturels.
  3. Jeanne Balibar a dénoncé, avec classe, la disparition des actrices à l’écran dès lors qu’elles franchissent le seuil fatidique de la quarantaine. A l’exception des deux ministres du travail à la manœuvre de la réforme de l’assurance-chômage (dans l’ordre d’apparition, Muriel Pénicaud et Elisabeth Borne). Peut-être ces deux-là mériteraient-elles un césar de la Casse sociale ?