Menace réelle ou coup de pub…

… Si CANAL+ « lâchait » le cinéma français ?

Canal+ a mis un coup de pression sur le gouvernement et le cinéma en menaçant, une nouvelle fois, de ne plus être le «grand argentier» des films français.

À l’origine de ce coup de sang? Une ordonnance du 21 décembre 2020, qui transpose dans le droit français la directive SMA (services de médias audiovisuels), destinée à réglementer la façon dont les plateformes type Netflix ou Amazon doivent contribuer à financer films et séries en France.

Explications.

Qu’a fait Canal+?

La chaîne cryptée a d’abord contesté l’ordonnance devant le Conseil d’État. Un recours juridique qui porte précisé­ment sur l’article autorisant le gouvernement à imposer par décret une nouvelle chronologie des médias au cas où les professionnels du secteur échoueraient à s’accorder d’ici au 31 mars. La crainte de Canal+ est que cette réglementa­tion permette aux plateformes de diffuser rapidement les films après leur sortie en salles.

Que menacetelle de faire?

La chaîne cryptée avertit. Si demain Netflix peut diffuser un film un an après sa sortie en salles (contre deux ans et demi aujourd’hui), tout en contribuant beaucoup moins à finan­cer le cinéma français que Canal+ n’y est obligé (en échange de sa fenêtre exclusive, de six à huit mois après la sortie d’un film en salles), alors la chaîne deviendra plateforme. Exactement comme Netflix. La filiale de Vivendi renonce­rait alors à la diffusion hertzienne.

S’agitil d’un coup de bluff?

Pour certains, oui. Selon une source bien informée, Canal+ aurait plus à perdre qu’à gagner à mettre sa menace à exé­cution. «Ne serait-ce que parce que la TVA qu’elle doit acquit­ter passerait de 10 à 20 %. Quant à son nouveau régime de contribution au cinéma, il resterait plus élevé que celui de Net­flix, l’offre éditoriale de la chaîne étant plus axée sur le cinéma que sur les séries.» Pour d’autres observateurs, le risque de voir Canal passer à l’acte est réel. Et ce pour le plus grand malheur de la production hexagonale, qui verrait fondre une manne annuelle d’environ 160 millions d’euros, et sa di­versité se tarir. Un scénario catastrophe que refuse notam­ment un collectif d’une centaine de cinéastes et scénaristes (dont Cédric Klapisch et Rebecca Zlotowski), signataires in­quiets d’une tribune très remontée contre les plateformes et… leur possible rôle de fossoyeur du cinéma français.


Mathilde Blottière – Télérama