Élections partielles en Allemagne: d’inquiétants résultats ?

Selon « Le Figaro »

La défaite encaissée dimanche par les conservateurs dans deux Länder bouscule la donne avant les législatives de septembre.

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Ces contre-performances seront mises au crédit des différentes affaires qui ont secoué le parti conservateur ces derniers jours. La semaine passée, deux de ses députés, le Bavarois Georg Nüsslein (CSU) et l’élu du Bade-Wurtemberg, Nikolas Löbel (CDU), ont démissionné de leurs partis respectifs, soupçonnés d’avoir joué les intermédiaires rémunérés lors de contrats passés entre les autorités et des fabricants de masques. Dans une controverse distincte, un parlementaire chrétien-démocrate a renoncé à son mandat après que son journal électoral a hébergé des articles publicitaires rédigés par le très peu démocratique gouvernement azerbaïdjanais.

Communication calamiteuse

La portée électorale de ces affaires (qui nourrissent des soupçons de corruption et d’affairisme au sein du parti conservateur) aurait pu être encore plus lourde. À cause de l’épidémie de coronavirus, un grand nombre d’électeurs avaient voté par courrier et par anticipation, avant que ces scandales n’atteignent leur paroxysme. […]

Dans le Bade Wurtemberg, connu pour abriter une grande partie de l’industrie automobile nationale, ce revers pourrait éjecter la CDU de la coalition que le parti forme depuis quatre ans avec les Verts.

Le ministre président Winfried Kretschmann, un écologiste modéré et catholique, pourrait préférer une alliance avec le petit parti libéral FDP (en légère progression), et le SPD (en légère baisse). Cette triple alliance pourrait également se perpétuer dans le Rhénanie Palatinat, où les sociaux-démocrates, bien qu’en baisse, conservent la présidence de la région.

Le résultat constitue un lourd handicap de départ pour le nouveau président de la CDU, Armin Laschet, dont l’ambition est de succéder à Angela Merkel à l’issue des élections législatives nationales de septembre. […]


Pierre Avril. Le Figaro. Titre original : « La CDU d’Angela Merkel sanctionnée dans les urnes ». Source (lecture libre a cette adresse)


Selon Médiapart

Journaliste au quotidien berlinois Die Tageszeitung, Ulrich Schulte suit l’évolution des Verts depuis des années. Dans un récent ouvrage, il explore un scénario impensable il y a peu : une alliance gouvernementale avec les conservateurs.

  • Quel effet a eu sur les conservateurs l’arrivée au pouvoir de l’écologiste Winfried Kretschmann et des Verts en 2011 dans le Bade-Wurtemberg ?

Ulrich Schulte : Ce Land était le cœur du conservatisme allemand. La prise de contrôle du gouvernement régional par les Verts a donc été un tremblement de terre au niveau national. […]. Sous Merkel, de nombreux sujets écologistes ont été repris et adaptés. En Bavière, les chrétiens sociaux se sont également réorientés vers l’écologie, car ils se sont rendu compte que sans cela, ils risquaient de perdre beaucoup d’électeurs au centre.

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  • Depuis 2016, les Verts dirigent le Bade-Wurtemberg avec la CDU. Cette expérience illustre-t-elle ce qui pourrait arriver à Berlin ?

Cette coalition a modernisé le Land de manière très prudente. Il n’y a pas eu de tournant radical. Le ministre-président Kretschmann a vraiment fait attention à « emmener » tout le monde. Il a pris en compte les intérêts de Daimler et fait attention à ne pas demander trop à l’industrie. Forcément, avec une telle politique, il est resté nettement en dessous des objectifs écologiques.

Ce qui a été fait là-bas, c’est un peu un prototype de ce qui pourrait arriver à Berlin à partir de septembre [date des élections législatives –ndlr].  […]

  • Que font les Verts pour se préparer à une coalition avec les conservateurs au niveau fédéral ?

Ils poursuivent une double stratégie assez intelligente, avec une offre qui contient des éléments de gauche, comme par exemple la suppression des dispositions contraignantes qui entourent l’allocation sociale Hartz IV, l’augmentation du salaire minimum ou encore l’introduction d’un impôt sur la fortune.

Parallèlement, Robert Habeck et Annalena Baerbock envoient des signaux clairs aux conservateurs. Cette dernière s’est déclarée ouverte à l’emploi de drones dans l’armée allemande sous certaines conditions. Ils veulent aussi augmenter le budget de la défense. Cela a été longtemps un tabou total chez les Verts.

Par ailleurs, les deux dirigeants flirtent avec la droite.  […]

Quelles sont les conditions pour qu’une coalition noire et verte fonctionne à Berlin ?

Les conditions sont bonnes. Les sociaux-démocrates du SPD n’ont plus envie de recommencer encore une fois une « grande coalition » – hormis leur tête de liste Olaf Scholz. Les coalitions dites tricolores à trois partis, avec le SPD et les libéraux, ou plus à gauche, avec le SPD et Die Linke, sont difficiles. Reste donc une alliance noire et verte, qui sera probablement la seule constellation politique viable en septembre.

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Comment s’opèrera le partage du pouvoir ?

Il est trop tôt pour le dire.  […] Les négociations ne seront sûrement pas faciles. Mais, je ne vois nulle part un point de blocage capable d’empêcher la formation d’une telle coalition.


Thomas Schnee. Médiapart. Titre original : « En Allemagne, «rien ne devrait bloquer une coalition noire et verte» . Source (Extrait)