Les cordes à linge vous saluent bien !

Ils tirent à vue. Choisissent leurs cibles. Exécutent. Fouillent les habitations pour trouver des protestataires. Sèment la terreur. Arrêtent à tour de bras.

En face d’eux, une vaste insurrection pacifique. Et féminine. La première victime était une jeune femme de 19 ans, abattue d’une balle dans la tête. Une soixantaine d’autres personnes ont été tuées. Et plus de 1 800 arrêtées. Mais les manifestations se poursuivent quotidiennement en Birmanie.

Le coup d’Etat de la junte militaire, qui a chassé du pouvoir Aung San Suu Kyi le 1er février, ne passe décidément pas.

Pour entraver l’avancée des militaires putschistes, les manifestantes birmanes recourent à un joli stratagème : elles suspendent leurs jupes ou leurs sous-vêtements en hauteur. Selon une croyance très ancrée, un homme qui passe sous des habits portés sur la partie inférieure du corps de la femme perd sa virilité, et voit les pires malheurs s’abattre sur lui.

Les soldats passent donc leur temps juchés sur des échelles à essayer de faire tomber des cordes à linge ces pièces de tissu maléfiques (« Libé », 9/3).

Ça ne suffira pas, évidemment. Tout comme ne suffiront pas les protestations internationales d’usage.

Le secrétaire général des Nations unies a appelé à la « retenue générale ».

L’Union européenne et la Grande-Bretagne (ancien pays colonisateur, comme l’a raconté George Orwell dans « Une histoire birmane »), ont fait de même.

Total, le champion du CAC 40, implanté depuis longtemps en Birmanie, s’est dit « préoccupé par la situation ».

« Nous sommes habitués aux sanctions », ont ricané les chefs de la junte à l’envoyée spéciale de l’ONU.

En 1988, l’armée birmane écrasait le mouvement prodémocratie en tirant aveuglément. Plus de 3 000 manifestants massacrés. Il y a de la marge.


Article signé des initiales J.L.P. – Le Canard Enchainé – 10/03/02021


Birmanie: Seule la rue peut faire fléchir la junte, selon Barthélémy Courmont

Des manifestants continuent à descendre dans les rues en Birmanie au lendemain de la journée de répression la plus meurtrière, avec au moins 38 manifestants tués d’après l’ONU. L’armée semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de fronde qui souffle sur le pays depuis le coup d’Etat du 1er février contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi. Pour une analyse, Eric Manirakiza a joint en France, le professeur à l’université catholique de Lilles et spécialiste de l’Asie, Barthélémy Courmont.


Eric Manirakiza – Lu dans la lettre IRIS N°789 – Source lecture/ecoute libre