La cérémonies des Césars : C’est selon…

Une tonalité qui n’a pas franchement plu à tout le monde. Outre les billets acides d’une partie de la presse, plusieurs élus -souvent de droite- s’indignent, ce samedi, d’une cérémonie trop politique, trop lointaine du cinéma. 

Selon le Huffington Post

« La cérémonie des César est une catastrophe pour la culture, une faillite sur fond de guerre idéologique », a par exemple écrit le député Les Républicains Éric Ciotti sur les réseaux sociaux. Mêmes critiques pour sa collègue Nadine Morano. L’eurodéputée cingle, sur son compte Twitter, une cérémonie qui a tourné « à la décadence culturelle » pendant laquelle « on glorifie une famille de délinquants ».

Pour Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, “assister à ce naufrage de la culture française est d’une infinie tristesse.”“Vulgarité, idéologie, médiocrité…”, écrit celui qui se verrait bien jouer un rôle pour 2022 sur les réseaux sociaux. 

Sur le même ton, Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne ironise de son côté sur le “strip-tease” de Corinne Masiero. “No culture, no future” sur le ventre, “rends-nous l’art, Jean” sur le dos: la comédienne, alias capitaine Marleau sur le petit écran, a marqué les esprits en ôtant un costume de Peau d’Ane sanguinolent, se retrouvant entièrement nue sur la scène pour remettre le prix du meilleur costume.

Outre les questions d’égalité, la grande préoccupation de la soirée a évidemment été la crise sanitaire, la scène servant à plusieurs reprises de tribune pour crier le désespoir du monde de la culture, confinée depuis de longs mois.

Mais pour l’élue centriste, “il y d’autres moyens de servir une cause juste.” Tout le contraire de Fabien Roussel, le patron du Parti communiste qui salue, lui aussi sur son compte Twitter, la prestation de la comédienne: “Bravo à Corinne Masiero qui, hier soir, n’a pas fait de cinéma pour défendre le monde de la culture en danger.”

Dans le même registre, l’eurodéputée insoumise Manon Aubry a salué l’action de Corinne Masiero, qui selon elle a “mis la politique culturelle du gouvernement à nu”.


Anthony Berthelier – The Huffington Post – Source (Extrait)


Selon le quotidien L’Humanité

Cette édition 2021 a sans surprise pris une tournure très politique, alors qu’en pleine épidémie de Covid-19 les cinémas restent fermés depuis des mois, sans perspective de réouverture. Roselyne Bachelot, a été apostrophée de très nombreuses fois depuis la scène des César par des acteurs, réalisateurs ou producteurs lui demandant qu’elle agisse pour leur assurer un avenir en pleine pandémie.

Marina Foïs, maîtresse de Cérémonie de la soirée, a donné le ton. « Comme on est en France et que le virus touche surtout les vieux, on a enfermé les jeunes et fermé les cinémas, les théâtres, les musées et interdit les concerts » dit-elle d’emblée. Un ton vif, incisif, avec des piques bien senties à l’égard de la ministre de la Culture, qui font mouche. Si la soirée a fait la fête au cinéma, Roselyne Bachelot ne fût pas à la fête…

Moment fort de la soirée,  l’actrice Corinne Masiero, entrée sur scène avec un costume sanguinolent de Peau d’âne et se mettant à nu, dans une figuration de la nudité de la culture abandonné par le gouvernement. Sur sa poitrine, le slogan : « No culture, no future » Sur son dos, l’inscription « Rend nous l’art Jean ! » s’adressait cette fois au Premier ministre Jean Castex. « Maintenant, on est comme ça, tout nus », a conclu la comédienne, défendant les intermittents, fragilisés par des mois d’inactivité en raison de la fermeture des lieux culturels.

Jean-Pascal Zadi césarisé comme Meilleur espoir masculin dans Tout simplement noir a déclaré citantFrantz Fanon que « Chaque génération doit trouver sa mission, l’accomplir ou la trahir », « Ma mission, c’est la mission de l’égalité », a-t-il ajouté, soulignant que son film parlait « avant tout d’humanité », et remerciant des acteurs et cinéastes noirs ou issus de la diversité qui ont « ouvert la brèche » avant lui, d’Omar Sy à Ladj Ly.

Mais Jean-Pascal Zadi est allé plus loin en  interrogeant cette « humanité », en citant des affaires emblématiques : Adama Traoré, mort en 2016 après son arrestation par des gendarmes, Michel Zecler, le producteur de rap victime de violences policières en novembre 2020, ou encore l’esclavage et ses figures ayant encore des statues et des rues à leur nom, et le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles.

Remettant le prix du Meilleur second rôle féminin, Jeanne Balibar a dénoncé, avec classe, la disparition des actrices à l’écran dès lors qu’elles franchissent le seuil fatidique de la quarantaine.

Chiara Mastroianni, venue remettre un César, actuellement en répétition au théâtre de l’Odéon occupé, a laissé la  parole à Denis Gravouil, secrétaire de la CGT-Spectacle qui a ainsi exposé les raisons de ce mouvement d’occupation qui s’étend à de nombreux théâtres en France. Roselyne Bachelot, présente à l’Olympia mais invisible, a dû ronger son frein…

Source (extrait)


Selon l’hebdomadaire Télérama

Dans un film, ça s’appelle un « money shot ». Un plan qui tue. L’image que l’on retiendra de la 46e cérémonie des César, pas de doute, c’est celle de Corinne Masiero nue sur la scène de l’Olympia. Il était 23h05 ce vendredi 12 mars et la comédienne, venue remettre le César des meilleurs costumes, a ôté sa robe tâchée de (faux) sang, « celle de Carrie au bal du diable », pour apparaître dans sa tenue de naissance. Sur ses seins, des mots tracés au feutre noir : « No culture ». Cul nu et culottée. Le pompon punk d’une soirée étrange, grinçante, sympa, longuette, masquée, ponctuée de discours militants, de beaux extraits de films, de musique aussi – avec un orchestre mené par Benjamin Biolay, excellente idée.

Attendus avec curiosité, ces César régénérés après l’angoisse de l’édition 2020 furent à la fois ceux de la réconciliation et du manque. De la gravité et des blagues graveleuses. Il faut s’appeler Marina Foïs pour survivre à ce cocktail chic et trivial, et assortir une robe pailletée à un sac-à-crotte. Son sachet jaune à la main – il était censé contenir un « cadeau » oublié par le chien de Florence Foresti l’an passé –, la maîtresse de cérémonie s’est tirée comme une cheffe d’un exercice à la limite de l’absurde : animer la « grande fête du cinéma français » à l’heure où le cinéma français a tout sauf le cœur à rire. « Pourquoi faire les César ? On a réfléchi et on n’a pas trouvé mais c’est pour ça qu’on s’est dit que c’était essentiel », a résumé l’actrice au début du direct, avant de complimenter Roselyne Bachelot pour la sortie de son nouveau livre, Ma vie en rose, « 18 euros sur Amazon », et de la remercier pour… sa recette de pâtes au gorgonzola.

Forcément, les oreilles de la ministre de la Culture ont dû siffler. Des artistes, auxquels se sont joints deux intermittents momentanément échappés d’un théâtre occupé, n’ont pas manqué de l’interpeller, ignorant peut-être que quelques minutes avant la retransmission de la cérémonie, dans l’entrée du music-hall, Madame Bachelot s’était exprimée au micro de Tchitcha. Elle y a rappelé que, le matin même, une réunion – à laquelle elle n’était pas, mais elle a oublié de le préciser – s’était tenue au ministère avec les professionnels pour « bâtir les conditions de la réouverture ». Sans date ni échéance précise, on voit mal comment son « message d’espoir », selon ses mots, aurait pu passer.

On ne voyait pas les sourires derrière les masques

L’espoir, ce vendredi, avait d’autres visages, neufs, ravis et « divers » comme on dit : ceux de Fathia Youssouf, 14 ans, adorable héroïne de Mignonnes, de Maïmouna Doucouré, et de Jean-Pascal Zadi, auteur et interprète de la comédie (bonne) surprise de l’été, Tout simplement noir. Un César du meilleur espoir à 40 ans, c’est de l’espoir au carré (et c’est maintenant ou jamais) ! On ne voyait pas les sourires derrière les masques, dans la salle accueillant uniquement les nommés, mais on entendait les applaudissements. […]

Les grands absents aussi eurent de beaux hommages, Piccoli, Dabadie, Bacri. Des images bien choisies. Des extraits qui durent. De l’émotion. Albert Dupontel regardait-il tout ça sur Canal+ ? Le cinéaste, qui boude la cérémonie de toute éternité, n’était pas là pour vivre le triomphe d’Adieu les cons, sacré meilleur film à 0h38. […] On avait plutôt parié, à vrai dire, sur Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, l’autre grand favori de cette 46e édition avec treize nominations, mais les votants de l’Académie ont doublé nos boules de cristal. Emilie Dequenne, tellement émouvante en épouse sacrificielle, a quand même glané le César du meilleur second rôle.

Joie encore pour Laure Calamy, venue sans son âne Patrick chercher le trophée mérité de la meilleure actrice pour le rafraichissant Antoinette dans les Cévennes, de Caroline Vignal. Se souvenant de la salle de cinéma où elle découvrit La Vie est belle de Capra, la brunette a plaidé la cause de sa profession : « Laissez-nous exulter devant les œuvres d’art, nous exiler dans nos imaginaires… »

Hormis l’absence totale de récompense pour François Ozon (une fois de plus…), le reste de la distribution de médailles ne suscitera pas de scandale national. Sami Bouajila, meilleur acteur pour Un fils. Josep, d’Aurel, meilleur film d’animation. Adolescentes, de Sébastien Lifshitz, meilleur documentaire…

La diversité du cinéma français, malgré tout, a pu briller quelques heures. Pour tuer le temps qu’il reste avant d’en profiter à nouveau sur grand écran, on pourra toujours s’accrocher aux mots d’Ariane Mnouchkine cités par le président Roschdy Zem : « Il faut fuir les prophètes de l’échec […] et surtout dire à nos enfants qu’ils arrivent sur Terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. »


Marie Sauvion – Source  (extrait)


Voici le palmarès complet de la cérémonie :

  • Meilleur film: Adieu les cons d’Albert Dupontel
  • Meilleure réalisation: Albert Dupontel pour Adieu les cons
  • Meilleure actrice: Laure Calamy dans Antoinette dans les Cévennes
  • Meilleur acteur: Sami Bouajila dans Un fils
  • Meilleure actrice dans un second rôle: Emilie Dequenne dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait
  • Meilleur acteur dans un second rôle: Nicolas Marié dans Adieu les cons
  • Meilleur espoir féminin: Fathia Youssouf dans Mignonnes
  • Meilleur espoir masculin: Jean-Pascal Zadi dans Tout simplement noir
  • Meilleur premier film: Deux de Filippo Meneghetti
  • Meilleur scénario original: Albert Dupontel pour Adieu les cons
  • Meilleure adaptation: Stéphane Demoustier pour La fille au bracelet
  • Meilleure musique originale: Rone pour La nuit venue
  • Meilleur film étranger: Drunk de Thomas Vinterberg
  • Meilleur film d’animation: Josep d’Aurel
  • Meilleur documentaire: Adolescentes de Sébastien Lifshitz
  • Meilleur décor: Carlos Conti pour Adieu les cons
  • Meilleur costume: Madeline Fontaine pour La bonne épouse
  • César des lycéens: Adieu les cons d’Albert Dupontel