Que demandent les « jeunes » ?

Tiens, mais au fait, que devient Muriel Pénicaud ?

Dessin de Kiro – Le Canard

Elle est représentante de la France auprès de l’OCDE, c’est-à-dire fonctionnaire hyper bien payée (et exonérée d’impôt sur le revenu) pour signer des rapports disant qu’il y a trop de fonctionnaires (mal payés). Entre deux webinaires, Mme Pénicaud a réuni ses amis, et ils ont signé un « appel à la mobilisation citoyenne pour des états généraux de la jeunesse ».

Craignant un «effondrement […] de structures de la citoyenneté et de fondations démocratiques », les auteurs souhaitent « décréter la jeunesse comme grande cause citoyenne en France – ah ! cette passion française pour les décrets et les grandes causes nationales… Et nous interpellent : « Chacune et chacun, entrepreneur, salarié, retraité, indépendant, agent public, ouvrier, agriculteur; artisan, enseignant, chercheur, employé, cadre, investisseur, chômeur, étudiant, apprenti, artiste, journaliste, militant syndical, bénévole associatif, parent ou grand-parent, visible comme invisible, doit pouvoir répondre à deux simples questions :

  • Qu’est-ce que je fais, personnellement et concrètement pour des jeunes ?
  • Quelles décisions pour la jeunesse doivent être prises par les pouvoirs publics, les dirigeants d’entreprises, et les institutions internationales (1) ?»

On trouve parmi les signataires de ce texte celles et ceux qui aiment se qualifier de « décideurs » les PDG de L’Oréal, l’Olympique lyonnais, Accor, BlaBlaCar, Carrefour, BNP Paribas, Axa, Société générale, KPMG France, Danone, Total, SNCF, Orange, La Poste. Mais aussi le secrétaire général de l’OCDE et l’ancien gourou en chef de l’OMC Pascal Lamy. Ou encore les chefs stars Thierry Marx, Pierre Hermé et Éric Kayser. Ainsi que Bernard Laporte et Lilian Thuram, qui passaient par là. Et même un chef d’entreprise « écolonomiste (oui, oui). Enfin, l’inévitable Xavier Niel.

Ces personnes doivent les mille courbettes et gentillesses qui leur sont adressées chaque jour au fait qu’elles « défrichent les sentiers de demain », comme l’écrivent les magazines sur papier glacé. C’est donc précisément à cause de ces personnes qu’il existe si peu d’emplois de qualité en France, et que les jeunes se trouvent face à un mur, même hors Covid.

Car qu’est-ce qu’elles vont nous proposer, ces braves âmes, après des « états généraux » parfaitement inutiles tellement les problèmes, et surtout les solutions, sont connus depuis des décennies ?

Des prêts à taux zéro, pour constituer une clientèle gratuite aux banques, qui ne prendront aucun risque, puisque tout sera garanti par le brave État?

Des aides, des aides et encore des aides aux embauches, les célèbres « baisses de charges », sans absolument aucune contrepartie, pratiquées depuis 1993 dans notre pays, pour un coût cumulé en centaines de milliards d’euros, et pour le génial résultat que tout le monde a sous les yeux ?

Car savez-vous que grâce à la crise, lorsque Total embauche un centralien de 24 ans, que la Société générale recrute une diplômée de l’X de 25 ans pour spéculer gentiment, la brave Élisabeth Borne leur fait un chèque de 4 000 euros, avec vos sous, hein (2) ?

Que demandent les « jeunes » ?

Pas des yaourts gratuits de chez Danone ou des pleins à l’oeil chez Total pour leur trottinette électrique. De bons boulots, bien payés, qui aient du sens. Ça tombe bien : la réparation de la planète, la restauration de nos services publics, le soin aux personnes ont besoin de millions de bras et de cerveaux.

Je vous laisse conclure, je ne vais pas tout vous faire, non plus.


Jacques Littauer – Charlie Hebdo – 10/03/2021


  1. « Non à une génération sacrifiée: plus de 150 personnalités appellent à se mobiliser pour la jeunesse» (Le Parisien, 3/3/2021).
  2. travail-emploi.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse /article/mise-en-place-de-l-aide-a-l-embauche-de-4-000-euros