Questions religieuses !

Le pape s’est rendu la semaine dernière en Irak  […]

 Cette visite ressemble au déplacement d’un P-DG qui va inspecter ses succursales menacées par la concurrence. Car le statu quo entre les grandes religions monothéistes s’est fissuré, et chacune doit lutter contre les incursions dans son pré carré traditionnel. En bon commercial, le pape s’est rendu en Irak défendre les parts de marché de sa multinationale.

Car si c’est la défense des droits de l’homme qui motive le pape, il devrait logiquement aller en Birmanie pour protéger les Rohingyas musulmans menacés par le pouvoir. Et aussi en Chine pour soutenir les Ouïgours de confession musulmane opprimés par Pékin.

Avec près de 2 milliards de fidèles chacun, le christianisme et l’islam se font face, comme aujourd’hui la Chine et les États-Unis ou autrefois la France et l’Allemagne.

La géopolitique des religions est devenue aussi inquiétante que celle des nationalismes.

Quand on est athée, on est tenté de penser que tout cela ne nous concerne pas. Que les conflits entre religions ne nous intéressent pas. C’est une erreur, et Charlie Hebdo en a payé le prix le 7 janvier 2015.

  • Athées ou pas, croyants ou pas, chrétiens ou pas, musulmans ou pas, nous allons tous, un jour ou l’autre, subir les conséquences de ces tensions entre les religions.
  • Est-il alors envisageable d’adopter une position neutre, comme certains pacifistes, dans les années 1930, qui ne voulaient prendre parti ni contre Hitler ni contre Staline ?
  • Faudra-t-il, au nom de la realpolitik, rallier un camp, comme dut se résoudre à le faire le démocrate Roosevelt avec le dictateur Staline pour terrasser le nazisme ?
  • De la même manière, faudra-t-il, pour contrer l’islamisme, soutenir le pape dans son combat pour défendre les chrétiens d’Orient contre les intégristes musulmans ?

Cette question dérangeante met en évidence la complexité de cette situation politico-religieuse.

Décidément, aucune religion ne peut se targuer d’être une religion de paix.

À un moment donné ou à un autre, leur diffusion se transforme en hégémonie, et les conflits deviennent inévitables.

Une laïcité en béton armé est la seule protection efficace pour neutraliser ce dangereux expansionnisme religieux. Pourtant, si on en croit un récent sondage 1,52 % des jeunes sont opposés au « droit de critiquer une croyance, un symbole ou un dogme religieux ».

Cette génération ne semble pas consciente de ce qu’une religion peut faire subir à toute une société quand plus rien ne s’y oppose.

Malgré des actes aussi violents que les attentats commis par des fanatiques, cette jeunesse n’a toujours pas perçu l’ampleur de l’emprise morale que les religions cherchent à exercer dans tous les recoins de la société, dans la sphère publique ou privée.

  • Est-ce l’ignorance de l’Histoire et du rôle des religions dans l’oppression des peuples qui explique cette affligeante bienveillance de la jeunesse d’aujourd’hui ?
  • Faudra-t-il attendre qu’un jeune oublie d’enlever sa casquette au passage d’une procession religieuse, se fasse arrêter pour blasphème et finisse brûlé vif comme le chevalier de La Barre, en 1766 ?

La fermeture des bars et des discothèques inquiète visiblement davantage ces jeunes que l’expansionnisme religieux actuellement en marche.

La « dictature sanitaire » qui les dérange tant sera bien peu de chose comparée au confinement religieux qui les attend demain. Tant pis pour eux.


Édito de RISS – Charlie Hebdo – 10/03/2021


  1. Sondage réalisé par l’Ifop pour la revue « Le Droit de vivre et la Licra ».