À qui se fier ?

L’économiste a la Google de l’emploi

Pour défendre ses intérêts ou redorer son image, Google sait faire appel à des talents.

Bruno Alomar est économiste, prof à Sciences-Po et spécialiste des questions européennes.

Dans les médias, il s’exprime régulièrement sur les Gafa (Google, Apple, Face-book, Amazon) pour réclamer l’indulgence (fiscale et réglementaire) à leur égard.

Omettant seulement de préciser qu’il a été, à plusieurs reprises, rémunéré par Google France…

Des documents, que « Le Canard » s’est procurés, montrent que cet énarque, ancien haut fonctionnaire à la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne, a perçu, l’an dernier, 24 000 euros sur les cinq premiers mois.

Une somme payée à sa société, New Horizon Partners, par Google France. La multinationale, qui affichait plus de 15 milliards de dollars de bénéfice en 2020, ne s’est pas ruinée, mais elle a soutenu les ardeurs googlophiles de Bruno Alomar.

Le 19 juillet 2018, à propos de la prune de 4,34 milliards d’euros infligée au géant de Seattle par la Commission européenne pour abus de position dominante, l’économiste se fend, dans « Le Monde », d’une tribune fort critique : « Amende Google : c’est bien une décision politique, qui sert des objectifs politiques ».

Et d’en remettre une louche, toujours dans « Le Monde » (21/1/19), lorsque la Commission nationale de l’informatique et des libertés colle à Google une modeste amende de 50 millions d’euros : « Amende contre Google : frapper fort n’est pas toujours frapper juste ». Le 4 mars 2020, notre expert indépendant publie un billet dans « Les Echos » : « Ne sombrons pas en Europe dans le « nationalisme numérique » ».

Oui, ce serait terrible.

Moteur et carburant

Sept mois plus tard, nouveau papier : « On ne construit pas l’Europe numérique en s’attaquant aux vilaines plate-formes. » Cette fois encore, sa tendre complicité avec le moteur de recherche le plus utilisé du monde n’est pas évoquée. Ni le 16 décembre dernier sur France Culture, où, invité de l’émission « Le Temps du débat », Alomar a planché sur le thème « Régulation des Gafa : l’Europe a-t-elle les moyens de ses ambitions ? ».

A quel titre l’économiste a-t-il été rémunéré ? Sollicité par « Le Canard », Bruno Alomar ne souhaite préciser ni la nature ni le montant de ses prestations, tout en jurant que ses liens avec Google n’influencent pas ses écrits sur les Gafa. Google France évoque du bout des lèvres des « missions d’accompagnement conseil ».

Pour vivre heureux, vivons cachés… sous la Toile.


Article signé des initiales C. L. – Le Canard Enchainé – 03/03/2021