Le ciel du Sahel de plus en plus français

Macron, qui ne cesse de vanter les mérites des 5 100 militaires engagés au Sahel, n’évoque jamais l’importance décisive des opérations menées par certains d’entre eux depuis le ciel. Cette discrétion s’explique. Il s’agit là d’une conception du combat qui permet de limiter les pertes du contingent français, mais n’autorise pas un président à en tirer gloire, quand on compare les forces en présence.

D’un côté, une armée moderne ; de l’autre, des djihadistes plus ou moins bien armés, circulant à moto ou à bord de pick-up, multipliant les attentats, les massacres et envisageant d’élargir le champ de bataille aux Etats voisins du Sahel. En présence de Florence Parly, le 1er février, le chef d’état-major des armées et le patron de la DGSE ont déclaré cette ambition à leur portée.

Cette stratégie, que « Le Canard » a naguère qualifiée d’« antiterrorisme aérien » n’a pourtant donné aucun résultat probant. Elle n’a pas réduit la menace que représentent toujours ces groupes djihadistes, après plus de huit ans de guerre, ni limité leur influence. A preuve, les dirigeants actuels du Mali et du Burkina Faso reconnaissent mener des négociations avec certains chefs terroristes, au nom d’une nécessaire « réconciliation nationale ».

Au ministère des Armées, l’état-major du Commandement de la défense aérienne a comparé le nombre d’opérations menées au Sahel par les avions de combat français durant les deux dernières années.

Inflation des vols

Résultat : un document « interne » réservé aux initiés, assorti de chiffres prouvant l’importance de ces engagements aériens. Exemples : en 2020, les sept Mirage 2000 D basés à N’Djamena, la capitale du Tchad, ont accompli en moyenne quatre « sorties » par jour, soit 20 % de plus que l’année précédente.

Et ces avions, les plus modernes avant l’entrée en service des Rafale (ailleurs qu’au Sahel), ont balancé l’an dernier 206 missiles ou bombes sur la tête des djihadistes, soit 150 % de plus qu’en 2019. Des « frappes de haute précision », jure l’état-major. Même activité en hausse des avions ravitailleurs en vol, qui évitent aux Mirage de frôler la panne sèche.

Autres actions menées depuis le ciel : celles des trois drones Reaper, basés à Niamey, la capitale du Niger. En 2020, ces avions sans pilote ont effectué 590 opérations de renseignement ou de bombardement, et tiré 246 roquettes et missiles tactiques, soit 196 % de plus qu’en 2019.

Si l’on ajoute la présence au Sahel d’autres appareils français (un avion de guerre électronique, des avions légers de surveillance, des avions de transport C-130 et A400M) le ciel du Sahel est vraiment devenu très français.


Claude Angeli – Le Canard Enchainé – 03/03/2021