Journée des femmes

Le « féminisme de hashtag »

En réponse à la crise sanitaire et à la société du sans contact, une nouvelle forme d’expression des féminismes s’est développée sur les différentes plateformes numériques. Protéiforme, plurielle et transnationale, elle n’est pas pour autant déconnectée des réalités de terrain.

MeToo, #SciencesPorcs, #JusticePourJulie, #LaHonteDoitChanger DeCamp, #StopFeminicides, #OnSeLeveEtOnSe Casse, #EgalitéFH, #ThisIsNotConsent, #NiUnaMenos…

Slogans percutants, ces mots clés collés à un hashtag, qui résonnent sur les réseaux sociaux, deviennent-ils aujourd’hui plus efficaces que les banderoles des manifestants ?

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Les premiers flots de témoignages en ligne dénonçant viols et violences sexuelles datent de 2017, mais la vague ne s’est jamais tarie. La crise sanitaire a réduit les possibilités de mobilisation, de nombreuses manifestations ont été interdites et le couvre-feu limite encore les activités.

Les mouvements féministes ont dû s’adapter, multipliant les recours au virtuel. Plus habiles sur le terrain qu’en ligne, les organisations traditionnelles et les syndicats ont été chamboulés, ont dû transformer leurs habitudes. Et la jeune génération, très concernée, extrêmement active sur les réseaux, a fait se décupler un féminisme vivace, qui va bien au-delà du cercle militant.

« Ce féminisme numérique est très positif, estime Josiane Jouët, chercheuse au Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias à l’université Paris-II. Cela a permis la recrudescence du mouvement, avec le rôle très important de #MeToo, en rendant le féminisme extrêmement vivant au quotidien. Il y a du flux, des informations en continu. Mais ce qui est important, c’est surtout son impact sur la société, la justice, les médias, les jeunes. Si ce la restait uniquement en tant que discours sur le Web, cela n’aurait pas tellement d’intérêt. L’important, ce sont les retombées sociétales, l’impulsion politique. »

Et le résultat est là : les milliers de récits de victimes dénonçant sur la Toile leur viol par un oncle, un cousin, un père, à la suite de la parution du livre de Camille Kouchner, la Familia grande, a obligé le ministre de la Justice à réagir publiquement.

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Tout récemment, quand les élèves de la grande école Sciences Po ont dénoncé viols et harcèlements sexuels sous le hashtag #SciencesPorcs, #NousToutes, a réagi rapidement pour accompagner cette parole, en organisant un webinaire gratuit rappelant les obligations des établissements de l’enseignement supérieur. On attend toujours une action concertée des pouvoirs publics…

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« Il faut faire du buzz, décrypte la sociologue Josiane Jouët, se rendre visible, faire réagir, bousculer l’opinion publique. Ce sont des flux, une communication qu’on alimente en permanence. Cela agit nécessairement sur l’architecture des discours avec des slogans, des messages brefs, des photos, de l’humour, une écriture courte spécifique au Web. Cela permet d’élargir l’audience. […]

Rompre l’isolement

En effet, la question des violences agrège de nombreux courants. […] Construits comme les réseaux féministes, par capillarité, en rhizome, les réseaux sociaux sont idéals pour rendre compte de la multiplicité des mouvements.

Expression protéiforme et transnationale, la parole individuelle ou collective s’expose.


 […] Kareen Janselme – Titre original : « Réseaux sociaux. Avec le « féminisme de hashtag », le mouvement change d’échelle » Source (Extrait)