Histoire de fous au Parquet

Le parquet national financier nancier (PNF) se félicite d’avoir remporté la première manche d’un match contre Nicolas Sarkozy et son équipe de défense, qualifiée de « machine de communication» qui «a déconstruit la réalité de l’audience » par le patron du PNF, Jean-François Bohnert (« Libé », 12/2).

Mais, les révélations successives sur le « parquet le plus puissant de France » donnent de plus en plus l’image d’une institution en proie à une agitation incontrôlée.

Ainsi, à quelques jours du délibéré sur le dossier « Bismuth », « Le Point » (25/2) a raconté que le premier vice-procureur fmancier, Patrice Amar, avait écrit, en janvier 2019, un long courrier à la procureure générale de la cour d’appel de Paris, Catherine Champrenault, pour dénoncer le « harcèlement » dont il aurait fait l’objet de la part de sa hiérarchie. Et surtout pour balancer sa propre supérieure hiérarchique, Eliane Houlette, alors grande cheffe du PNF qu’il soupçonnait de double jeu.

A cette époque, cela fait six ans que Patrice Amar a diligenté une enquête préliminaire secrète pour débusquer la taupe qui aurait averti Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog du placement sur écoute de leur ligne ouverte sous l’identité de Paul Bismuth. Cette préliminaire permettra, au passage, d’éplucher les fadettes d’avocats (celles de l’actuel garde des Sceaux, notamment) et d’écouter en toute illégalité une journaliste du « Canard », avant de se terminer par un classement sans suite.

Dans sa lettre de dénonciation à la procureure générale, le magistrat se livre à une curieuse construction intellectuelle, digne d’une mauvaise fiche de police : l’avocat Thierry Herzog aurait été averti des écoutes par l’un de ses confrères, Pierre-François Veil, qui aurait tenu la confidence d’un troisième maître du barreau, lequel aurait été mis au parfum par un quatrième avocat, qui employait à cette époque comme stagiaire… la fille d’Eliane Houlette. Le parquet général ne donnera aucune suite à ce courrier fumeux et décidera de changer Patrice Amar de poste pour quelques mois.

Depuis, ce magistrat a fait l’objet (tout comme Eliane Houlette et la procureure adjointe, Ulrika Delaunay-Weiss) d’une enquête administrative afin de déterminer s’il a failli à ses devoirs de magistrat en faisant espionner les communications d’avocats et de journalistes.

Un vrai régal, cette histoire, pour les futurs étudiants de l’Ecole nationale de la magistrature !


Jérôme Canard – Le Canard Enchainé– 03/03/2021

3 réflexions sur “Histoire de fous au Parquet

  1. marie 04/03/2021 / 08:46

    Bonjour Michel, ça nous coûte combien cette histoire?
    Où il y a quelque chose et on condamne, mais sur des preuves ou il n’y a rien et l’on laisse tomber, ça sert à quoi tous ces procès?
    C’est bien trop longtemps après les faits, bon, c’est mon avis, et cela n’engage que moi
    Bonne journée
    Amicalement
    MTH

    • Libres jugements 04/03/2021 / 15:00

      À vrai dire, pour répondre à la question, je ne suis pas capable de dire combien coûte ce seul procès.
      Peut-être le saurons-nous dans quelque temps.
      Maintenant, sur le plan de la sanction pénale; une justice s’est prononcée.
      Compte tenu de la personnalité et de l’ex-fonction Présidentielle de la personne jugée, Il semble indiscutable que des faits avérés ont été soigneusement vérifiés par l’ensemble de la magistrature, ensuite, il y a fort à parier que la sanction pénale ait été discutée-approuvée (en petit comité peut-être) dans les plus hauts lieux des ministères, notamment celui de la justice.
      D’un autre côté, que cette affaire fasse l’objet d’une volonté politique, plus ou moins téléguidée par l’Élysée, n’aurait certainement rien d’étonnant. N’oublions pas qu’il y a des élections à venir en 2021, mais aussi la présidentielle en 2022.
      Faut-il rappeler toutes les casseroles accrochées au revers du costard du maintenant « Celui ni qui n’est qu’un quidam parmi les quidams » et dont il est normal qu’il subisse les sanctions prévues par la loi. Loi qu’il s’est fait fort d’appliquer, en réclamant toujours plus de sévérité dans les sanctions, au temps où il était ministre de l’intérieur, puis Président de la république.

      Honnêtement je ne sortirais pas de mouchoirs ; d’autant que c’est démêlés avec la justice ne sont pas terminés.
      Très amicalement
      Michel

  2. jjbey 04/03/2021 / 15:41

    Le temps mis à instruire une affaire est trop long mais les voies de recours pendant l’instruction sont telles que les renvoi met beaucoup de temps à se faire quand on utilise tous les moyens dilatoires qui existent. Quant à ne pas juger des affaires qui durent depuis longtemps ce serait un moyen d’échapper à la justice et il ne peut en être question. Il faut plus de moyens à la justice et moins de laxisme.

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