Macron : lecture sélective de la convention sur le climat.

À quoi ça sert, de chouchouter longuement 150 citoyens tirés au sort à partir des listes électorales, de les recevoir en grande pompe dans les jardins de l’Élysée, de leur donner pour mission de trouver des « options fortes, même radicales », pour que la France atteigne son objectif de réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et de leur promettre que leurs 149 propositions seront reprises « sans filtre » ?

Les citoyens viennent d’étudier à la loupe le projet de loi Climat et Résilience qu’a tiré Barbara Pompili de leurs propositions et qui sera bientôt examiné par les parlementaires. Et ils sont accablés. « Nos mesures sont devenues des mesurettes » (« Les Echos », 1/3). Les lobbys sont passés par là. Et la realpolitik, la compétitivité, l’économie, les emplois. Des notions dont ils avaient cru tenir compte, mais pas assez, visiblement.

Au cours de leur ultime session, ils se sont amusés à donner des notes au texte de loi, comme on le fait désormais partout, au restau ou à l’embauche. Le résultat est désastreux, que ce soit sur les thèmes « se loger », « se nourrir », « se déplacer » ou « produire et travailler ». Note la plus haute pour l’inscription de la lutte contre le changement climatique dans la Constitution. La plus basse pour le « crime d’écocide », transformé en simple « délit d’écocide ». Moyenne générale sur la prise en compte des propositions de la convention citoyenne pour le climat : 3,3 sur 10.

Cancres Macron et Pompili, au coin !

Si encore cette volée de bois vert n’était le fait que d’une poignée d’ayatollahs de l’écologie punitive (comme le pensent nombre de macronistes furibards)… Mais le Haut Conseil pour le climat, organisme indépendant créé par Macron lui-même en 2018 pour évaluer la stratégie du gouvernement en matière, est sur la même ligne (exprimée plus diplomatiquement). Il a rendu le 23 février sur ce même projet de loi un avis plus que mitigé. La plupart des mesures proposées n’auront qu’« un effet potentiel limité sur le niveau des émissions, à cause de leur périmètre d’application restreint ou des délais allongés de mise en oeuvre ». Et le projet souffre d’« un manque de transparence méthodologique et de synthèse ». Bref, la copie est à revoir.

Décidément, après la démission de Hulot (et le remplacement de deux autres ministres écolos), et malgré les concessions sur Notre-Dame-des-Landes et EuropaCity, Macron a bien du mal avec la vertitude ! Et le débat parlementaire musclé qui s’annonce va faire passer la récente polémique sur les menus sans viande pour une inoffensive mise en bouche…


Article signé des initiales J.-L. P. – Le Canard – 03/03/2021