Macron – Le Mali – Les djihadistes…

Pendant le sommet franco-africain au Tchad, les 15 et 16 février, le Président, lors de ses interventions par visioconférence depuis l’Elysée, a brièvement indiqué ce qu’il attendait des militaires français engagés au Sahel.

Un sommet assez accessoire, alors que les djihadistes progressent un peu partout, comme chacun devrait le savoir. Et, surtout, rien qui permette d’entrevoir une solution dans cette guerre sans fin. Les chefs des Etats sahéliens, réunis à cette occasion, se montrent toujours allergiques aux pratiques démocratiques, et deux d’entre eux au moins (ceux du Mali et du Burkina Faso) ont choisi de négocier avec des chefs djihadistes. « Sans attendre que nous gagnions cette guerre », selon la formule d’un officier français désabusé.

« Notre défi est aujourd’hui d’éradiquer le terrorisme », a proclamé Macron, comme si ce n’était pas l’objectif poursuivi depuis plus de huit ans… Puis, haussant le ton, il a ordonné, toujours par visioconférence, de « décapiter les groupes djihadistes ». Ce qu’un diplomate traduit plus simplement : « Macron veut obtenir les scalps des émirs et des chefs djihadistes. Mais ils seront, hélas, vite remplacés, comme d’habitude. »

La France intervient partout ?

A la demande de l’Elysée, l’état-major des armées avait, avant même le sommet au Tchad, fixé les nouvelles missions du Commandement des opérations spéciales (COS) et des 4 200 hommes et femmes placés sous la responsabilité du général Eric Vidaud. Au Levant, comme si la France pouvait intervenir partout, il leur est demandé d’agir sur deux plans : « coopération bilatérale » avec les forces spéciales irakiennes en butte aux menaces de Daech et « appuis aux milices kurdes » au sein du Kurdistan irakien (ce qui déplaira au gouvernement de Bagdad). Au Sahel, en revanche, les ambitions présidentielles sont plus diverses.

Pas question de reconnaître franchement que l’on est prêt à perpétrer des assassinats ciblés, à l’américaine. Version officielle : «de préférence à une élimination physique systématique », il s’agira d’obtenir la « capture » des petits et grands chefs djihadistes, la reddition de certains d’entre eux et la récupération des matériels, armements et documents qu’ils détiennent.

Laboratoire de commandos

« C’est la chaîne de commandement d’Al-Qaida au Maghreb islamique qui est principalement ciblée », selon les militaires, qui reconnaissent que l’antiterrorisme aérien reste la pratique la plus courante. Mieux vaut, en effet, éviter que trop de Français en patrouille sur le terrain ne prennent des risques inconsidérés. Autre mission dévolue aux commandos du COS : faire de Takuba, la force créée parMacron, une sorte de « laboratoire » des opérations menées en compagnie des soldats européens (encore très peu nombreux aujourd’hui).

La création d’une Académie de lutte internationale contre le terrorisme est également au programme des réjouissances. Implantée en Côte d’Ivoire et confiée aux forces spéciales françaises, invitées à former les futures « unités d’élite » africaines, elle pourra accueillir des militaires de tous les Etats africains menacés par les djihadistes.

Tout va aller mieux : il suffit de croire en Macron et d’imaginer que « demain est un autre jour » au Sahel.


Claude Angeli – Le Canard Enchainé – 24/02/2021