Achtung! – Les neo-nazis sont à la porte …

À partir de quel moment la démocratie a-t-elle un problème ? Peut-être lorsqu’il est plus facile de rencontrer un militant néonazi qu’un maire élu. Alors que la secrétaire municipale ne cesse de trouver des prétextes pour décliner les demandes d’interview, Tony Gentsch, lui, décroche à la première sonnerie.

Autoproclamé « national-socialiste-révolutionnaire », le jeune parti allemand a pignon sur rue à Plauen. Capitale mondiale de la dentelle au tournant du XXe siècle, cette ville de Saxe, située à la frontière avec la République tchèque, était aussi le berceau des Jeunesses hitlériennes.

Figure de la scène d’extrême droite depuis les années 2000, boucher puis taulard, il est aujourd’hui l’une des têtes d’affiche de la formation néonazie qui monte en Allemagne : « Der III. Weg », pour La Troisième Voie.

Gentsch est chef de section du parti dans la petite ville de Plauen en Saxe, à la frontière avec la République tchèque.

C’est en février 2020 que l’histoire commence. Le 19 février, un suprémaciste blanc, puisque c’est ainsi qu’on appelle désormais les terroristes d’extrême droite, a tué neuf personnes et en a blessé cinq autres dans un bar à chicha à Hanau, près de Francfort.

Les visages des victimes ont tourné en une de la presse allemande comme un carrousel morbide du racisme ordinaire : des Turcs, des Kurdes, un Bosniaque, dont une femme de 35 ans, enceinte de jumeaux. L’attentat de trop dans une chronologie de la terreur qui s’accélère depuis 2015 outre-Rhin, entre l’assassinat de l’élu pro-réfugiés Walter Lübcke, en 2019, des « chasses aux migrants » ou des attentats antisémites.

Glaciale, la nuit tombe sur un square cossu encadré d’immeubles Art nouveau à Plauen. La permanence de La Troisième Voie est annoncée par une plaque officielle : caractères avec empattements blancs sur fond vert. On dirait un banal cabinet de médecin de province avec les horaires d’ouverture et un numéro de téléphone. Sauf que le nom, comme les insignes (un trois en chiffre romain sur un rameau d’olivier), rappelle davantage l’esthétique du Troisième Reich.

Imaginé en 2013 à Heidelberg (Bade-Wurtemberg) par Klaus Armstroff, le programme de La Troisième Voie se présente comme un système alternatif au communisme et au capitalisme et prône un socialisme à l’allemande.

Placé sous surveillance des services de renseignement, le parti compte près de 580 membres en 2019 (un chiffre multiplié par deux en deux ans), organisés dans une vingtaine de cellules régionales, d’Erfurt à Leipzig, et rassemble des hooligans, des nostalgiques du Troisième Reich, des nationalistes et de plus en plus de « citoyens inquiets », nouvelle catégorie protéiforme d’électeurs mécontents qui caractérise la fin de l’ère Merkel.

La force de La Troisième Voie, c’est son engagement social, sa proximité avec les plus défavorisés, une image qu’elle cultive à la faveur des crises qui se succèdent. Sa faiblesse : cette violence et cette haine qu’elle n’arrive pas à gommer et qui resurgissent quand on s’y attend le moins.

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À cinq heures de train depuis Berlin, Plauen est un joli coin de forêts et de rivières, niché entre lesLänder de Saxe et de Bavière, aux confins de la République tchèque. Rattachée au district de Chemnitz (ancienne Karl-Marx-Stadt), la ville de 66 000 habitants est le chef-lieu de la région du Vogtland, une zone enclavée où le réseau mobile est incertain et le tourisme très relatif.

Dans les fonds de vallée, les changements d’époque ressemblent souvent à des tremblements de terre. Au tournant du XXsiècle, Plauen est une capitale mondiale du textile. La finesse de sa dentelle obtient le Grand Prix de l’Exposition universelle de Paris en 1900 : ses broderies sont exportées dans le monde entier, l’industrie cartonne, la ville prospère.

Les très beaux immeubles « Gründerzeit »témoignent de ce passé glorieux. Quant au centre historique, il déroule tous les clichés de l’Allemagne traditionnelle dont raffolent les utilisateurs d’Instagram : place du marché avec ses façades colorées, mairie gothique et horloge astronomique ciselée d’or.

Ravagée par la guerre de 1914 puis par la crise économique de 1929, Plauen dévoile son côté obscur : elle sera l’un des premiers fiefs électoraux du NSDAP, le parti national-socialiste. Pendant la guerre, la ville est détruite à 70 %, plus bombardée que Dresde.

Quarante ans de socialisme glorieux et une chute du Mur plus tard, la région est en pleine « restructuration », selon les élus. […] Dans la ville, le capitalisme a repris ses droits et tous les chemins mènent à la Stadt Galerie, le centre commercial principal aux airs de vaisseau spatial, construit pour le passage à l’an 2000.

À l’hôtel, le réceptionniste vérifie le formulaire d’enregistrement, en tripotant sa gourmette. Comme tout le monde ici, il connaît les types de La Troisième Voie. « Ils font beaucoup de trucs pour les plus modestes, dans le quartier de Haselbrunn. C’est un peu chaud là-bas. Enfin, je ne m’y connais pas en politique, j’ai du mal à catégoriser. »

Les yeux se plissent avec méfiance. Au temps du populisme en trombe, les reporters sont plus détestés que les flics. « Merdias » ou « journalopes » en France ; « Lügenpresse » (« presse menteuse ») outre-Rhin. Avec la prolifération des fake news et la dictature des réseaux sociaux, le journalisme de terrain est devenu un sport de combat.

« Je dirais que La Troisième Voie, cela se rapproche du folklore populaire. Ce n’est pas l’AfD [Alternative pour l’Allemagne, le principal parti d’extrême droite – ndlr], quoi. Et même l’AfD, c’est une blague par rapport à Marine Le Pen ou ce qui se passe en Italie, non ? Le vrai problème de Plauen n’est pas La Troisième Voie mais les mafias d’Europe de l’Est. » Il jette un coup d’œil rapide au lobby totalement vide et chuchote maintenant, d’un air de conspirateur. « Vous n’avez pas entendu parler des trafics d’enfants ? La faute aux Roms, aux gitans et puis aux réfugiés. »… « La Saxe, c’est la périphérie »

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Près de trente ans après la réunification, les régions de l’Est sont encore qualifiées de « nouveaux Länder » dans les documents officiels ; le montant des retraites n’est pas aligné sur celui des retraites de l’Ouest ; et 57 % des Allemands de l’Est se considèrent encore comme des citoyens de « seconde classe ».

La crise économique de 2008 n’a pas « aidé mais c’est en 2015, avec l’arrivée des réfugiés, que les gens ont commencé à avoir peur », précise Rummel. « Ils ont vu les images à la télévision, la police est plus présente dans les rues… Le ressentiment raciste se cache en chacun de nous à des degrés divers. L’attirance pour des gouvernements autoritaires un peu partout témoigne du fait que beaucoup cherchent un guide, une direction, parce qu’ils se sentent perdus », ajoute-t-il. « Après, il y a la réalité et la perception. »

Le jour où Plauen a « basculé »

Ancienne professeure d’allemand et travailleuse sociale, Doritta Korte s’active dans les bureaux de son association antiraciste Colorido e.V.  […] Cette petite femme énergique se souvient encore du moment où la société et la politique locale ont « basculé », glisse-t-elle. C’était le 1er mai 2016 : fête du travail, ambiance légère dans la ville qui sent le jasmin, lorsque, soudainement, un millier de néonazis, venus de toute l’Allemagne, prennent d’assaut les rues du centre-ville pour leur défilé annuel, en marchant au pas et en uniforme, sous les roulements de tambour et les flambeaux.

Il y a l’effroi, la honte bien sûr, mais ce que Korte n’a toujours pas digéré, c’est la réaction du maire : « Il a dit que si cela ne nous plaisait pas, nous n’avions qu’à regarder ailleurs. »

Une attitude d’autant plus inquiétante que « nous avons un passé à Plauen », ajoute-t-elle. La région était le berceau du national-socialisme. « Adolf Hitler a prononcé l’un de ses premiers discours électoraux sur la place du marché, quand il ne venait pas chasser dans la région. Son bras droit, Rudolf Hess, était un enfant du pays. La première cellule du NSDAP a été fondée ici, en 1921, tout comme les Jeunesses hitlériennes. En 1933, 35 % de la population votait national-socialiste. »

Aujourd’hui, La Troisième Voie a « pignon sur rue » : « Deux immeubles en ville et un siège au conseil municipal, et cela ne dérange personne », poursuit-elle. « Et ce Tony Gentsch qui ressemble au gendre idéal avec sa chemise à carreaux, son bon sourire », ajoute-t-elle en haussant les épaules. « Cela me rappelle ce que disait ma grand-mère à propos du nazisme : très peu d’Allemands soutenaient le parti d’Hitler. La plupart se sont contentés de suivre le mouvement. Ils ont fermé les yeux sur le reste. »

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Prune Antoine- Médiapart- Titre original : « En ex-RDA, les néonazis de La Troisième Voie prospèrent sur les espoirs déçus ». Source (Extrait)


Note de l’administrateur (Qui …. que lui) … Prenons garde. La lente montée voulue en grande partie par le gouvernement, aidé fielleusement par l’ensemble des médias aux mains de quelques entrepreneurs au service de la « com' » élyséenne, entendent encadrer les mentalités de la population française contre de pseudos acteurs, extrémistes cultuels. La ghettoïsation (que pourtant ils ont laissé favorisée), l’incivilité non maîtrisée, etc. produisent des constats aux origines connues faisant le lit d’un système de société répressive. Ils ont pour fonctions de préparer aux futurs joutes oratoires électorales, hors tous programmes sociaux ou sociétales, entre la Macronie et le Rassemblement National. Or ce qui intéresse le lecteur au moment de se rendre dans l’isoloir est bien de choisir une gestion sociale et sociétale qui lui conviendrait pour un avenir proche. Sur ce point ni la Macronie LR–EM, ni Marine du RN, ne présentent des garanties.

MC