Avant la soupe du soir, celle des députés LR-EM

Deux camps s’opposent dans la majorité et au gouvernement depuis que la mairie (EELV) de Lyon a décidé d’imposer un menu unique temporaire, sans viande mais avec poisson ou œufs, dans les cantines scolaires de la ville.

Effiloché de cacophonie à la sauce marcheuse. Depuis que la mairie de Lyon a fait le choix de distribuer un menu unique sans viande dans les cantines des écoles pour des raisons sanitaires, deux camps se dessinent dans la majorité: ceux qui s’insurgent contre une « posture aberrante » d’un côté. Et ceux qui regrettent, de l’autre, un débat « préhistorique »… lancé par leurs propres collègues.  

Des questions éruptives au point de provoquer l’un des plus gros couacs de la mandature pour un sujet aussi mineur? Le niveau de tension dans la majorité est en tout cas monté au point de voir l’un des porte-paroles du parti présidentiel s’en prendre publiquement à Barbara Pompili, la numéro 3 du gouvernement pour avoir critiqué les « clichés éculés » véhiculés par ses collègues Darmanin ou Denormandie, eux, vent debout contre les écolos lyonnais.

« Le pragmatisme comme l’amour de la science et la loyauté sont des concepts qui vous sont étrangers », écrivait ainsi Jean-Baptiste Moreau lundi soir sur son compte Twitter à l’adresse de la ministre de la Transition écologique dans une attaque aussi virulente que peu courante en macronie.

Inacceptable pour Hugues Renson, le vice-président LR-EM de l’Assemblée -et co-fondateur avec Barbara Pompili du parti En Commun- qui estime, ce mardi dans Libération, que le député « ne peut plus rester » porte-parole du parti majoritaire. Et voilà comment le menu des cantines scolaires à Lyon fait apparaître les profondes divisions d’un groupe déjà éprouvé par les débats interminables sur la loi sur les « séparatismes » et l’expression « islamo-gauchisme », pour ne parler que de 2021. 

Le point de départ Darmanin

Pour comprendre cette ambiance soupe à la grimace, il faut remonter au samedi 20 février et se tourner, comme souvent, vers la place Beauvau. Gérald Darmanin est le premier membre du gouvernement à prendre la parole sur le sujet, donnant de la visibilité à une polémique alors locale menée par la droite lyonnaise. Dans un message publié sur son compte Twitter, le ministre de l’Intérieur fustige une “idéologie scandaleuse” en arguant que “de nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande.”

La ministre a regretté des arguments qui sont des contre-vérités au moment même où elle défend une loi qui va porter l’expérimentation des menus végétariens, au choix, dans les cantines

Et même si le prédécesseur de Grégory Doucet à l’Hôtel de Ville lyonnais, Gérard Collomb, le premier des marcheurs, avait mis en place le même menu unique à la sortie du premier confinement, Gérald Darmanin voit dans la décision des écolos une “insulte aux agriculteurs” doublée d’une « politique moraliste ».

De quoi faire sortir Barbara Pompili, ancienne cadre d’Europe Écologie Les Verts de sa réserve habituelle, sur le fond du dossier. « La ministre a regretté des arguments qui sont des contre-vérités au moment même où elle défend une loi qui va porter l’expérimentation des menus végétariens, au choix, dans les cantines scolaires », expliquait-on dans son entourage ce mardi matin. 

« Une loi vaut plus qu’un tweet » poursuivait-on au ministère de la Transition écologique où l’on fait comprendre que c’est bien la numéro 3 du gouvernement qui serait dans la ligne gouvernementale et non pas le duo Darmanin-Denormandie. Publiquement, aucune réaction ni de Christophe Castaner, patron des députés LR-EM qui se déchirent sous ses yeux, ni du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, proche d’Emmanuel Macron.

Le chef de l’État a bien, en marge d’un déplacement mardi en Côte d’Or sur le thème de l’agriculture, appelé, selon BFMTV « au bon sens pour éviter des divisions idiotes », mais cela suffira-t-il?

En privé, certains sont plus sévères à l’Assemblée nationale. « À quel moment Darmanin rentre dans le jeu? À quel moment va-t-il sur les plates-bandes de Pompili? Est-ce que Pompili, elle, s’exprime sur la sécurité? », s’agace une source LR-EM bien placée du Palais-Bourbon, sans décolérer à l’égard de l’attitude cavalière du ministre de l’Intérieur: « À croire que son portefeuille ne lui suffit pas… »


 Anthony Berthelier, Astrid de Villaines. Huffington Post – Source (Extrait)