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Revisitons le passé tant qu’il reste des témoins ayant traversé cette époque pas si tendre, bien que comprise dans les trente glorieuses… Avant que des historiens révisionnistes nous affirment croix de bois, croix de fer, que ceux que nous avons considéré comme des renégats, avaient parfaitement raisons de vouloir garder le département algérois, et « même que si » les Français avaient laissé faire le putsch contre De Gaule, à leurs yeux ce félon qui a vendu l’Algérie, nous ne serions pas aujourd’hui à honnir tous les faciès maghrébins en métropole. (SVP inutile de taper sur l’administrateur, il ne cite que des propos circulant sur les réseaux sociaux). MC

OAS 60 ans et encore quelques dents

Voici soixante ans était fondée l’Organisation armée secrète (OAS), qui lutta pour l’Algérie française, y compris en métropole, donnant au pouvoir gaulliste du fil à retordre jusqu’en 1964 par ses actes de terreur et l’entrée en désobéissance de quelques centaines d’officiers qui, le 22 avril 1961, tentèrent un putsch manqué.

Que reste-t-il de l’action des quelque 3 000 membres de l’OAS ?

Le choc des mémoires, celle des descendants des victimes de leurs homicides, estimés à 2 700, contre celle des 10 000 descendants des personnes assassinées par le FLN. Un impact politique réduit.

Le noyau dur des survivants de l’OAS est réuni dans l’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l’Algérie française (Adimad), soit, il y a quelques années, 2 200 adhérents, dont 600 anciens détenus politiques, tous amnistiés.

Il penche vers l’extrême droite, tendance FN ancienne manière.

Mais le vote des pieds-noirs et de leurs descendants, qui « pèse » 15% en Région Paca et 12% en Languedoc, est diversifié.

Selon une étude de l’Ifop datant de la présidentielle de 2012, Marine Le Pen captait certes 28% des intentions de vote, mais Nicolas Sarkozy et François Hollande, 26% chacun. Au second tour, 64% avaient voté pour le candidat de l’UMP. Avec la disparition des témoins directs, l’extrême droite perd du terrain.

Les dirigeants de l’OAS sont morts.

Au Rassemblement national ne reste, mis à l’écart, que le lieutenant légionnaire Louis de Condé, 80 ans passés, qui a participé en 1962 à l’attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle.

L’OAS-Métro-Jeunes, qui rassemblait en métropole les « petites mains » lycéennes et étudiantes de l’organisation, démantelée en 1964, a donné des cadres au parti de Jean-Marie Le Pen, puis au minuscule Parti de la France dont l’ancien OAS Roger Holeindre a été président d’honneur jusqu’à sa mort, en 2020.

Les historiens qui cherchent les derniers survivants peuvent consulter le site deltas-collines.org (double référence aux commandos « Delta » de l’OAS et aux djebels algériens), qui abonde en photos inédites et tient un carnet précis des décès des derniers acteurs. On se réunit encore pour des cérémonies commémoratives, en mars de chaque année, notamment pour Jean Bastien-Thiry, dernier condamné à mort politique à être fusillé, le 11 mars 1963.

Parmi les dirigeants de l’OAS, des compagnons de la Libération (Château-Jobert, Savelli), de grands résistants (le colonel Godard), des généraux et des colonels (Salan, Jouhaud, Vanuxem, Argoud) qui ont contribué à libérer la France des nazis.

Ils n’ont pas supporté le changement de pied de De Gaulle, entre le « Vive l’Algérie française !» du discours de Mostaganem, en 1958, et les accords d’Évian consacrant l’indépendance algérienne.

L’obsession d’une colonie perdue qui a quand même fait beaucoup de morts.


Jean-Yves Camus – Charlie Hebdo – 17/02/2021


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