Science -Po et le bizutage esclavagiste.

Lorsque la domination s’exerce par le viol, la soumission s’exerce dans le cadre des « grandes écoles » formant les cadres de la république … c’est extrêmement grave … Encore une info qui ne »trainera » pas dans les JT …

La grande école Sciences Po est actuellement secouée non seulement par l’affaire Duhamel, mais aussi par des accusations de viols perpétrés sur des étudiantes pendant des week-ends d’intégration.

Si les week-ends d’intégration sont un peu différents des bizutages, où les élèves doivent subir des épreuves humiliantes avant d’être acceptés par le groupe, toutes ces pratiques ont un objectif identique : faire partie du groupe. Mais pas n’importe lequel. Celui des seigneurs, celui des premiers de la classe, qui méprisent les traînards. Et pour rallier la meute, les rites collectifs constituent un dressage puissant qui vous débarrasse de vos derniers doutes. Les suiveurs qui s’abaissent à ces pratiques savent très bien ce qu’ils font. Ils n’ont pas l’excuse de la jeunesse.

Même en réussissant de belles études, votre future carrière vous conduira peut-être à croiser sur votre chemin des anciens élèves de votre promotion, et si vous n’aviez pas partagé avec eux ces rites initiatiques, ils se souviendront de la distance que vous aviez mise entre eux et vous, et refuseront de vous donner le coup de main espéré.

Le premier enseignement de ces rituels, c’est le corporatisme et l’entre-soi. « À la vie, à la mort », mais avant, tu baisses ton froc devant nous. Quand on lit les récits de ces week-ends d’intégration qui parfois dégénèrent et finissent en beuveries propices aux agressions sexuelles, on se dit qu’il faut ou être très cons ou avoir les dents qui rayent le parquet.

Peut-être les deux, finalement.

« Paris vaut bien une messe », avait dit Henri IV. « Ma future carrière vaut bien de commettre un viol entre copains », semble être la devise des étudiants arrivistes pour lesquels la réussite sociale doit pouvoir s’accommoder de quelques petites barbaries.

  • La persistance de ces traditions dans ces institutions témoigne du niveau de civilisation assez bas de nos sociétés.
  • Pour faire partie du groupe, on est prêt à piétiner son semblable.
  • Les plus forts survivront aux dépens des plus faibles.
  • Beaucoup d’étudiants qui se croient modernes ou progressistes n’ont en réalité aucun état d’âme à écraser la gueule du voisin sur les bancs de l’amphithéâtre, si cela leur permet de piquer sa place dans le classement de fin d’année.
  •             Première leçon : pour exister, il faut éliminer les autres.
  •             Deuxième leçon : pour durer, il faut continuer de le faire toute sa vie.

Les bizutages et les viols des soirées étudiantes font partie de l’apprentissage de la vie du dirigeant de demain. Ce n’est pas tant la culture du viol qui est présente dans nos sociétés que la culture de l’esclavage, dont le viol n’est qu’un instrument parmi d’autres.

L’esclavage n’a pas disparu, il n’a fait que changer d’aspect, et les étudiants qui déboulonnent les statues des racistes du XVIIIe siècle sont parfois les mêmes que ceux qui respectent servilement les rituels de leur école, qui fera d’eux les patrons négriers de demain.

Parmi les étudiants qui défilaient en Mai 68 contre la société de consommation, un certain nombre sont devenus, quelques années plus tard, de redoutables publicitaires ou de cyniques chefs d’entreprise.

C’est peut-être pour cette raison que la mode du décolonialisme a autant de succès sur les campus aujourd’hui. Dénoncer les cruautés du passé permettra aux étudiants devenus patrons de se sentir moins coupables quand ils exerceront à leur tour leur domination sur leurs employés.

On les imagine déjà, dans vingt ou trente ans, se remémorant leur jeunesse contestataire et brandissant comme des médailles d’anciens combattants leurs actions contre le postcolonialisme et le néo-racisme, autour d’un gueuleton de notables bien gras et bien installés au sommet de la pyramide sociale, qu’ils auront atteint grâce aux diplômes obtenus dans leurs grandes écoles. Il reviendra alors à la génération suivante de les déboulonner de leur socle et de les jeter à terre comme il se doit.


Riss – Charlie Hebdo – 17/02/2021


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