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L’Union Européenne trépigne, s’énerve, convoque, menace, exige et… n’obtient pas grand-chose. Après la récente colère de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, c’est à peine si AstraZeneca a accepté de faire un geste, en réduisant de 50 % « seulement » (au lieu des 61 % annoncés ses livraisons de vaccins en Europe d’ici à la fin du mois de mars).

Les pontes de Bruxelles se montrent d’autant plus empruntés dans les négociations avec les fabricants qu’ils sont arrivés bien trop tard dans la bataille, comme en témoigne l’historique des discussions avec les laboratoires…

Zigzag bruxellois

Le 5 juin 2020, la France, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas claironnaient : 1’« Alliance inclusive pour le vaccin » qu’ils venaient de créer allait faire des étincelles. La preuve : la signature d’un « accord de principe » avec AstraZeneca pour une fourniture pouvant aller « jusqu’à 400 millions de doses », dont la livraison devait commencer « avant la fin de 2020 ».

 Quelques jours après cette annonce tonitruante, elle a décidé de se dissoudre et de passer le relais à la Commission européenne.

Résultat : les discussions ont traîné en longueur. Le temps de mettre d’accord les 27 pays, le contrat n’a été conclu avec AstraZeneca qu’à la mi-août.

Il a été si bien rédigé qu’aucune clause n’a été prévue pour sanctionner ou récompenser les fournisseurs en fonction des délais de livraison (« Le Canard », 27/1).

Les Anglais, eux, n’ont pas lambiné. Leur approvisionnement en vaccin Astra-Zeneca est assuré depuis le … 30 avril 2020. Ce jour-là, le laboratoire anglo-suédois a passé un deal (béni par Boris Johnson) avec l’université d’Oxford, inventeur du vaccin, prévoyant de fournir en priorité le Royaume-Uni.

Tapis rouge écossais

Downing Street a également été le plus rapide avec Pfizer-BioNTech. Dès le 20 juillet 2020, Londres signait, pour 90 millions de doses, un accord avec le labo américano-allemand.

L’une de ses dispositions prévoyait qu’une partie des vaccins serait importée depuis des usines installées sur le continent et financées par … l’Union européenne.

De son côté, Bruxelles ne s’est décidé à conclure l’affaire que le 11 novembre 2020, près de quatre mois plus tard.

Plus humiliant encore : ce même 20 juillet 2020, Londres a topé avec une startup tricolore, la société Valneva (installée en Loire-Atlantique) pour un contrat optionnel de 60 millions de doses de son candidat vaccin.

Lassés de n’avoir aucune nouvelle des autorités françaises, les patrons de Valneva ont fini par se jeter dans les bras des Britanniques, qui leur ont déroulé le tapis rouge en promettant de construire (à leurs frais) une usine de fabrication en Écosse.

L’Europe ne s’est réveillée que bien après : le 12 janvier 2021, Bruxelles a annoncé avoir passé un « accord préliminaire » pour 60 millions de doses Valneva. Sauf que priorité sera donnée, une fois de plus, aux Britishs et que la France ne devrait pas recevoir le moindre flacon avant 2022.

Messieurs les Anglais, piquez les premiers…


Isabelle Barré et Hervé Liffran – Le Canard Enchainé – 03/02/2021