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Jean-Michel Blanquer enthousiaste, le proclame sur le site du ministère de l’Education nationale : « Le lycée professionnel peut s’appuyer sur des atouts majeurs : l’expertise, l’engagement des professeurs et le dynamisme pédagogique, qui irriguent l’enseignement professionnel français. »

Question financement des lycées pros, en revanche, le ministre ne parle pas d’« irrigation », et encore moins de ruissellement… La faute à ses petits camarades ministres ! Il faut dire qu’en 2020 ces établissements ont vu l’une de leurs ressources (la taxe d’apprentissage) quasiment réduite de moitié. A Toulouse, par exemple, le lycée polyvalent Déodat-de-Séverac n’a, l’an dernier, récolté que 76.080 euros, contre 131.697 euros en 2019. « C’est la réforme de 2018 qui nous fait plonger », se plaint son agent comptable, Eric Fouchou-Lapeyrade, membre du Snasub-FSU — syndicat des agents administratifs des bahuts.

En 2018, en effet, Muriel Pénicaud, alors ministre du Travail, dynamitait la taxe d’apprentissage : un gros gâteau, indexé sur la masse salariale des entreprises, rapportant chaque année plus de 3 milliards ! Jusqu’en 2020 et l’entrée en vigueur de la loi, 77 % du montant de cette taxe finançait les centres de formation des apprentis (CFA). Les 23 % restants étaient réservés aux lycées technologiques, professionnels et autres sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) des collèges, qui accueillent des élèves en grande difficulté scolaire.

Si t’es pro, t’es in !

L’an dernier, cependant, ces 23 % sont tombés à 13 %, tandis que les CFA voyaient encore leurs ressources augmenter. Et, depuis un arrêté du 29 décembre dernier, les lycées techno et professionnels doivent se partager ces miettes avec… 65 autres organismes, tels que l’Onisep ou d’autres « agissant pour la promotion de la formation technologique et professionnelle ».

En 2021, d’après les projections syndicales, les lycées pros et technologiques publics devraient toucher 28 millions d’euros, quand ils en percevaient 50 millions avant la réforme. « Sans la moindre compensation, ni de l’Etat ni des régions », se lamente Nasr Lakhsassi, prof en génie thermique et cadre du Snuep-FSU. Fini, le « quoi qu’il en coûte » ?

Résultat : les ambitions sont revues à la baisse. Une Segpa d’un collège de Roubaix, par exemple, a dû renoncer cette année aux travaux pratiques de menuiserie. « Ces TP auraient pu donner envie aux élèves de se tourner vers ce métier, explique son responsable, mais nos ressources issues de la taxe d’apprentissage sont maintenant insuffisantes pour acheter du bois. »

Qu’ils achètent de la brioche, aurait dit la reine Marie-Antoinette !


Article signé des initiales J. C. – Le Canard Enchainé – 03/02/2021