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Dissoudre, ce n’est pas résoudre

La dissolution du mouvement Génération identitaire, voulue par le ministre de l’Intérieur, aura sans doute lieu. Pour autant, c’est une mesure qui ne règle rien.

Interdire un groupe qui se substitue aux policiers pour arrêter des migrants est plus facile que d’éradiquer (dans cette même police) le racisme et les contrôles au faciès.

Prendre une mesure juridique exorbitante du droit commun (mais pas liberticide: la liberté, même associative, n’est pas absolue) contre un groupe qui compte autour de 800 militants, c’est contourner le problème essentiel et de nature politique : la montée en puissance continue du RN, et les 48 % annoncés de sa candidate en 2022.

Comme de plus. il est à peu près certain que le mouvement trouvera les moyens de se reformer, les avantages de la dissolution sont minces.

Souvent, à gauche, on brandit la morale : il faut interdire sans se poser de questions les mouvements racistes, point.

Curieuse subordination du droit aux sentiments. Et à géométrie variable quand certains, dans le même camp, tortillent du derrière dès qu’il s’agit de fermer une mosquée radicale.

Mais le pompon, c’est ce renoncement total au combat politique et à l’argumentation intellectuelle qui sont en train de faire crever la gauche.

On le déplore, mais c’est ainsi : il y aura toujours des Génération identitaire. Seule la politique peut empêcher que ces groupes prennent de l’importance. Pour cela. il faut laisser le moralisme à deux sous(« les affreux fascistes ») et proposer un projet :

  • Qui accueillons-nous?
  • Comment intègre-t-on?

Comment fait-on passer dans la société l’idée de la solidarité avec les réfugiés et ceux qui viennent ici parce qu’ils n’ont rien, sans être dans l’angélisme du « personne n’est illégal », qui n’est pas, et ne sera pas de sitôt, majoritaire dans l’opinion.

Intellectuellement, les préjugés se déconstruisent par l’argumentation, pas en opposant un slogan aux slogans des ethno-nationalistes, pas en en interdisant un groupe.

Or il existe une vraie crise de la pensée antiraciste, dont les interdictions juridiques sont le cache-misère. Il faut s’atteler à en renouveler le logiciel.


Jean-Yves Camus – Charlie Hebdo – 03/02/2021